La plupart des objectifs fixés par le Plan 1977 n'ont pas été atteints. Ainsi, le taux de croissance de la production nationale nette est tombé à 3,5 % (contre les 4,1 % prévus), ce qui ne s'était jamais vu depuis 30 ans. Même chute pour les taux de croissance de la productivité du travail : 4,1 % contre les 4,8 % prévus dans l'industrie ; 3,1 % contre 5,3 % dans la construction.

Si la production industrielle s'est accrue de 5,7 % contre 5,6 % initialement attendus, la récolte des céréales a accusé — du fait une nouvelle fois de mauvaises conditions météorologiques — une baisse notable. Elle s'est établie en 1977 à 195,5 millions de tonnes contre 224 millions en 1976 (– 12,6 %), alors que l'URSS consacre 30 % de ses investissements à l'agriculture, pour une main-d'œuvre qui représente près du quart de la population. Conséquence : l'URSS devra importer en 1978 des États-Unis plus que les 6 millions de tonnes qu'elle s'est engagée à acheter jusqu'en 1980.

Le revenu réel par tête n'a augmenté que de 3,5 % contre les 3,8 projetés, mais le salaire moyen mensuel a crû, selon les prévisions, de 2,4 %, s'établissant à 155 roubles. Moyenne faible (la voiture Jigouli, version soviétique de la Fiat 125, coûte plus de 7 000 roubles) qui n'empêche pas les dépôts de la population dans les caisses d'épargne d'augmenter de 13,3 % par rapport à 1976.

Les responsables du Plan prévoient pour 1978 un ralentissement de la croissance économique. Le taux a en effet été ramené de 5,7 % (1977) à 4,5 %. Même frein pour le revenu moyen par habitant, dont l'augmentation est fixée seulement à 3 % par rapport à 1977. Seul poste inchangé : le budget militaire qui, avec 17,2 milliards de roubles consacrés aux dépenses d'armement (7,4 % de l'ensemble des dépenses de l'État), reste le même que celui de 1977.

Les investissements de l'État en 1978 sont consacrés avant tout à la modernisation des entreprises existantes (26 % de plus qu'en 1977) et priorité est donnée aux investissements dans l'industrie lourde, au détriment de l'industrie légère. Quant aux biens de consommation, bien qu'une grande attention soit accordée à leur production et à l'amélioration de leur qualité, cette politique leur est par définition défavorable. D'autant plus qu'on a pu voir avorter à la fin de 1977 la tentative de réforme du système de gestion et de contrôle de la production.

Dernier fait économique à signaler : l'annonce, le 1er mars 1978, d'un « réajustement » de certains prix, qui montre que l'URSS est atteinte, elle aussi, par la crise économique mondiale. Le prix de l'essence double, passant de 10 à 20 kopecks, le prix du café quadruple, le coût des réparations de voitures augmente de 35 % et le prix des bijoux en or et en platine de 60 %. D'autres articles baissent : – 20 % pour les téléviseurs noir et blanc ; de – 15 % à 30 % pour les vêtements en laine et fibres synthétiques ; – 25 % pour les chaussures en matière plastique.

Afrique

Si les beaux principes, officiellement affichés, de la diplomatie soviétique se résument aux mots détente et désarmement, répétés à satiété tant par Leonid Brejnev que par son ministre des Affaires étrangères Andrei Gromyko, la réalité est quelque peu différente et continuerait de trouver une meilleure définition dans le terme hégémonie.

Les grandes manœuvres menées par l'URSS en Afrique en sont l'illustration parfaite. Première à imaginer que l'avenir du monde se joue désormais sur le continent noir, elle continue, malgré certains échecs, à s'implanter de l'Angola à la mer Rouge, du Maroc au Mozambique.

L'échec — mais calculé peut-être —, c'est en Somalie qu'elle l'a subi en se ralliant à l'Éthiopie, ennemi héréditaire de la Somalie. Malgré une visite du Somalien Ziyad Barre à Moscou à la fin d'août 1977, la rupture s'officialise le 13 novembre. Mogadiscio dénonce le traité d'amitié et de coopération conclu avec l'URSS (novembre 1974) et expulse tous les experts soviétiques.

Mais le peu d'empressement mis par les États-Unis à se substituer à l'URSS, son refus d'aider militairement la Somalie, à qui elle n'offre qu'une « protection diplomatique », semblent déjà inciter le président Ziyad Barre à se rapprocher timidement de Moscou. Avant même la fin de la guerre de l'Ogaden, Ziyad Barre se rend à Tripoli à la demande de Khadafi. On fait également état de contacts qui auraient été établis avec l'ambassadeur soviétique à Mogadiscio.