L'agitation politique est officiellement exclue -de ces cénacles, dont l'existence irrite pourtant les autorités. Les personnes qui prêtent leur appartement sont condamnées à des peines d'amendes ; certains animateurs — dont l'historien Adam Michnik — sont inquiétés par la police, qui use parfois de la manière forte pour les empêcher de donner leurs cours.

La position du pouvoir n'empêche pas l'épiscopat d'accorder son appui tacite aux intellectuels dissidents. Les évêques annoncent dans un communiqué, le 9 mars 1978, que « l'Église polonaise appuiera toute initiative visant à présenter la culture, les créations de l'esprit humain et l'histoire du peuple d'une façon authentique, car le peuple a le droit de connaître la vérité ». En septembre 1977, le cardinal Stefan Wyszynski, primat de Pologne, avait sévèrement critiqué, dans une lettre pastorale, les conditions de vie faites à la population par une planification qui ne tient compte, selon lui, que de la production et pratiquement pas de la satisfaction des besoins les plus essentiels de l'homme.

Vatican

Pourtant, la politique de la main tendue vers l'Église continue. Le 29 octobre, pour la première fois depuis son arrivée au pouvoir, le no 1 polonais rencontre le cardinal Wyszynski. Le 1er décembre 1977, il est reçu en audience par le pape. Deux faits qui démontrent une volonté réciproque de dialogue. Ce qui ne va pas sans difficultés. L'Église n'a toujours pas d'existence juridique. Or, pour le Vatican comme pour les évêques polonais, qui le soulignent lors de leur 16e conférence (4 et 5 mai 1978), cette reconnaissance est « la pierre angulaire de toute saine normalisation ». Jusqu'où ira le libéralisme d'E. Gierek ? D'autant que sa relative tolérance, tant à l'égard des dissidents que de l'Église qui les soutient indirectement, n'est pas sans provoquer des remous à l'intérieur de l'appareil.

Les partisans d'une ligne dure n'ont pas totalement désarmé. Un certain malaise continue de se manifester au sein de l'appareil d'État. En décembre 1977 et en janvier 1978, sur leur demande, deux ministres classés parmi les libéraux, Barcikowski et Tejchma, quittent le gouvernement. L'autorité d'E. Gierek n'en demeure pas moins prépondérante.

On le constate lors de la Conférence nationale du parti, en janvier 1978, au cours de laquelle il lance un nouvel appel à l'unité nationale. « La concordance de vues qui s'est dégagée des travaux, déclare-t-il, reflète les sentiments de la grande majorité du peuple. Elle est la preuve évidente de la justesse de la politique de notre parti. »

Denrées

Sur le plan économique, pourtant, le succès est loin d'être évident, et si le président du Conseil, Piotr Jaroszewicz, demande en janvier à la population de faire preuve de « patience et de compréhension » face aux difficultés d'approvisionnement, ce n'est pas sans raison. Les produits de première nécessité, la viande notamment, continuent de manquer ; des queues se forment chaque matin devant les magasins d'alimentation. Les mauvaises récoltes ont entraîné une diminution de 3,5 % de la production agricole, obligeant la Pologne à acheter d'importantes quantités de fourrage et de viande à l'étranger.

Tirant la leçon des violentes manifestations de juin 1976, dues à l'annonce d'un relèvement massif du prix des denrées alimentaires de base, Edward Gierek se refuse cette fois à pratiquer des hausses (elles devraient avoisiner 15 à 20 %). Pour l'instant, le remède est apporté par des subventions de l'État. Le Plan 1978 réserve une part plus grande que prévue à la consommation : 76 % du revenu national contre 71 % en 1977. Secteurs prioritaires : l'industrie alimentaire et la construction de logements qui devra être « considérablement intensifiée ».

Autre problème grave : le déficit du commerce extérieur. Il s'est réduit par rapport à 1976, mais atteint encore, pour 1977, 2,4 milliards de dollars. Conséquence : compression des importations en provenance de l'Ouest (– 4,3 %) au profit des produits venant des pays du Comecon (+ 16,4 %).