Par fidélité aux engagements pris vis-à-vis de ses alliés libéraux, toujours défavorisés par le scrutin majoritaire, le gouvernement propose d'adopter le système proportionnel. Ce qui aurait l'avantage de pouvoir procéder aux élections dès 1978, comme le souhaitent les autres membres de la Communauté européenne. Mais il est battu par 319 voix contre 222. Il doit accepter le scrutin traditionnel, qui oblige à un découpage électoral spécial en fonction des 81 députés britanniques prévus pour le Parlement européen. Néanmoins, le Premier ministre, là encore, sort vainqueur de l'épreuve : les libéraux se sont inclinés ; les capitales européennes, qui avaient craint le pire, s'accommodent d'un report des élections à 1979, et surtout le brûlot européen qui menace depuis tant d'années l'unité du parti travailliste est écarté.

James Callaghan, en qui on avait cru voir un simple intérimaire lorsqu'il est arrivé au pouvoir en 1976, s'affirme ainsi de plus en plus comme un animal politique. Ses qualités se révèlent derrière une rondeur trompeuse : l'habileté, d'abord, mais aussi un certain acharnement à la barre, une manière discrète mais efficace de maintenir les équilibres, entre syndicats et gouvernement ou entre modérés et aile gauche du parti. Et c'est sans doute le Premier ministre britannique le plus sûr de lui-même depuis longtemps que Valéry Giscard d'Estaing rencontre à Chequers en décembre 1977, lors du deuxième sommet franco-britannique « régulier ».

Les succès de J. Callaghan restent néanmoins fragiles, comme l'est la convalescence de l'économie britannique. On le voit lorsque la présentation du budget — un budget préélectoral — en avril 1978 suffit à déclencher de nouvelles tempêtes aux Communes comme à la Bourse.

Émigration

L'opposition, qui sent l'échéance électorale se rapprocher, fait feu de tout bois. Son leader, Margaret Thatcher, n'hésite pas à ouvrir un dossier tabou : celui de l'émigration, espérant à la fois embarrasser les travaillistes et contrer l'extrême droite du Front national, de plus en plus active.

Il y a en Grande-Bretagne 1 700 000 émigrés sur 56 millions d'habitants. Ce sont principalement des travailleurs et des familles venus de ce que l'on appelle le nouveau Commonwealth, Pakistan, Antilles, Chypre ou Malte. Leur intégration est insuffisante. Ils vivent pour la plupart en îlots isolés et sont souvent relégués — moins qu'ailleurs pourtant — dans les tâches les moins rémunératrices. Des tensions ne sont pas rares et s'accentuent en période de chômage. Au niveau politique, adversaires et défenseurs de leur présence s'opposent de plus en plus violemment : à Lewisham, dans le sud-est de Londres, partisans du Front national et manifestants antiracistes se sont heurtés pendant l'été. Bilan : 110 blessés et 214 arrestations. D'autres manifestations, moins brutales mais aussi passionnées, se déroulent au printemps.

Margaret Thatcher va partir en croisade. Le 31 janvier, dans un discours télévisé, elle lance un cri d'alarme. Au rythme de 40 000 à 50 000 nouveaux arrivants par an, dit-elle, la Grande-Bretagne comptera en l'an 2000 quatre millions d'émigrés, pour la plupart gens de couleur. Il faut, dit-elle, prendre d'urgence des mesures pour limiter ce flot qui menace « les caractères britanniques fondamentaux qui ont tant apporté au monde ». Le parti conservateur s'en chargera.

Ces propos soulèvent une tempête de protestations. Mais le débat est ouvert. Le parti travailliste a beau répondre par des chiffres, il est mal à l'aise pour défendre une main-d'œuvre étrangère lorsque le chômage touche des centaines de milliers de Britanniques.

La controverse, aussi démagogique qu'elle soit, risque de peser sur les élections. Et James Callaghan sait qu'elles se joueront sur le fil du rasoir.

Ulster

Le grand événement c'est la visite de la reine Elisabeth. La première depuis 1966. L'IRA, qui déclare qu'il s'agit d'une « provocation », promet d'en faire un souvenir cuisant pour la souveraine. Trente-deux mille hommes — police et armée — sont en alerte quand la reine débarque, le 10 août 1977, du yacht royal Britannia, qui a jeté l'ancre dans la rade de Belfast.