Ce conflit armé entre deux nations communistes qui ont célébré au mois d'avril 1978 le troisième anniversaire de leur libération, c'est-à-dire leur victoire sur les impérialistes américains, domine désormais toute la situation dans la péninsule indochinoise.

C'est au mois d'août 1977 que le monde apprend les premiers vrais incidents de la frontière entre le Cambodge et le Viêt-nam. En réalité, ils ont débuté deux ou trois mois auparavant, mais — espoir d'une solution rapide ou souci de ne pas envenimer les choses ? — Hanoi et Phnom Penh paraissent avoir voulu d'abord limiter l'importance des événements. La visite d'inspection du général Giap sur le champ de bataille au mois d'août 1977 lève toute ambiguïté et donne toute la mesure du conflit ; il ne s'agit pas de simples accrochages, mais bien d'une véritable guerre où le vainqueur de Diên Biên Phu, ministre de la Défense, engage plusieurs divisions de la puissante armée vietnamienne.

Avec plus ou moins d'intensité, les combats ne cessent pas jusqu'à la fin de l'année 1977. En décembre, Hanoi lance une offensive de grande envergure et prend pratiquement le contrôle de toute la partie du territoire cambodgien situé à l'est du Mékong. Toutefois, les troupes vietnamiennes, tout en faisant peser leur pression sur Phnom Penh, se gardent de l'occuper.

C'en est trop pour les Cambodgiens qui, le 31 décembre 1977, annoncent la « rupture temporaire » de leurs relations diplomatiques avec les Vietnamiens et les accusent de vouloir renverser le régime de Phnom Penh pour « intégrer le Cambodge dans une fédération indochinoise dominée par Hanoi ». Accusations rejetées par leurs adversaires, qui, à leur tour, dénoncent les raids commis par les troupes khmères sur des villages frontaliers et les atrocités dont elles se sont rendues coupables.

À partir de ce moment, et en dépit de combats sporadiques qui s'intensifient à la fin de juin 1978, la situation est quasiment figée. Les Vietnamiens maintiennent leurs forces sur le territoire cambodgien. Phnom Penh refuse, en février 1978, des propositions de compromis faites par Hanoi et néglige de répondre à un projet de règlement négocié qui serait garanti par l'ONU et les non-alignés, et fixerait définitivement une frontière contestée.

Tels sont les faits — apparemment simples. Les raisons et les enjeux de cette guerre fratricide le sont moins. Car, à l'évidence, les problèmes de frontière, même s'ils ne laissent indifférents aucun des deux partenaires, sont davantage le prétexte que la cause de leur affrontement. En réalité, le conflit se déroule à plusieurs niveaux qui ne cessent d'interférer.

Histoire

La guerre de libération menée par les communistes indochinois a masqué l'antagonisme quasi séculaire qui oppose les Khmers aux Vietnamiens. Les premiers se sont toujours méfiés des seconds dont ils craignent l'expansionnisme et qu'ils soupçonnent en permanence de vouloir les absorber. Déjà dans les années 60, quand le prince Sihanouk régnait sur un Cambodge neutraliste, les incidents n'avaient pas manqué.

Le traité de coopération signé le 18 juillet 1977 entre le Viêt-nam et le Laos et liant les deux pays pour vingt-cinq ans est apparu aux Cambodgiens comme un signe de cette « marche vers l'Ouest » de son puissant voisin. Phnom Penh a manifestement craint d'être pris dans un étau dont il ne pourrait plus s'échapper. Crainte renforcée par la disproportion des forces militaires en présence (l'armée vietnamienne, bien entraînée et aguerrie par 30 ans de combats, compte 1 million d'hommes) et des populations (8 millions d'habitants au Cambodge contre 43 millions au Viêt-nam).

Idéologie

Sans doute Vietnamiens et Cambodgiens se réclament-ils du marxisme-léninisme. Il n'empêche, les voies suivies par les uns et les autres restent différentes, notamment depuis 1975. Les méthodes radicales (déportation, travail forcé, conditionnement physique et intellectuel) utilisées par les dirigeants khmers pour purger le peuple de tous les miasmes du capitalisme n'ont jamais été approuvées par les Vietnamiens. En privé, ces derniers ont même souvent dénoncé ces pratiques, allant parfois jusqu'à accuser leurs voisins de « folie ».