Journal de l'année Édition 1978 1978Éd. 1978

Presque partout, la production industrielle se ralentit : aux États-Unis, + 10,2 % en 1976, + 5,6 % en 1977 ; au Japon, + 13,6 % en 1976, + 4,5 % en 1977 ; en Allemagne, + 7,3 % en 1976, + 2,9 % en 1977 ; en Italie, + 11,6 % en 1976, + 0,2 % en 1977 ; en France, + 8,9 % en 1976, + 1,8 % en 1977 ; seule exception — mais bien modeste —, la Grande-Bretagne, dont la croissance de la production industrielle passe de + 1 % en 1976 à + 1,9 % en 1977. Le commerce international se contracte ; sa croissance (en volume) passe de 11 % en 1976 à 4 % en 1977.

Désordres

Valéry Giscard d'Estaing et Helmut Schmidt aboutissent, au printemps 1978, à la conclusion commune qu'aucun effort de relance ne pourra aboutir tant que les désordres monétaires engendrés par la crise du dollar au début des années 70 n'auront pas été réduits. C'est pourquoi ils décident de proposer, au sommet européen de Brème, début juillet 1978, la reconstruction d'une union monétaire en Europe. L'idée est de relier entre elles les grandes monnaies européennes — en commençant par le franc et le mark — pour mettre fin au flottement désordonné des monnaies, qui perturbe les courants commerciaux et décourage les entreprises d'investir faute de pouvoir faire des prévisions. Cet ensemble à peu près stable de monnaies européennes devrait organiser, d'autre part, des relations plus stables — elles aussi — avec le dollar et le yen. Cela devait faire l'objet de discussions au sommet occidental de Bonn, les 16 et 17 juillet 1978.

Ces projets se heurtent, toutefois, à des obstacles difficiles à surmonter. Au sein même de la Communauté européenne, deux grandes monnaies sont incapables d'entrer dans une zone de stabilité : la livre anglaise, toujours menacée de rechute, malgré une amélioration due à l'arrivée du pétrole de la mer du Nord ; la lire italienne, qui ne peut pas être plus stable que le régime politique de la Péninsule.

En outre, l'union monétaire européenne aurait besoin pour se défendre d'un trésor de guerre que seuls les Allemands sont en état de fournir. Jusqu'à quand les Allemands accepteraient-ils de payer les fantaisies de certains de leurs partenaires ? Ou jusqu'à quand ceux-ci pourraient-ils accepter la tutelle de l'Allemagne — même relayée par les autorités du Marché commun — sur leur politique économique ?

Typhon

En dehors de la Communauté, la chute vertigineuse du dollar par rapport au yen prend l'aspect d'un véritable typhon monétaire : le dollar vaut 292 yens début 1977, 240 fin 1977, 203 au début de juillet 1978 ! La situation économique aux États-Unis se dégrade elle-même pendant toute la période. Certes, le chômage recule, mais c'est au prix d'une flambée inflationniste ; au printemps 1978, le rythme de la hausse des prix aux États-Unis atteint 10 % l'an.

La forte disparité des taux d'inflation dans le monde apparaît à certains comme un obstacle insurmontable à une stabilisation des monnaies. Au printemps, les rythmes d'inflation varient de 1 % l'an en Suisse (record mondial de stabilité des prix !) à 3 % l'an en Allemagne, 10 % en France et aux États-Unis, de 10 à 15 % en Italie et en Grande-Bretagne, plus de 15 % en Espagne, etc. Toutefois, certains économistes contestent cette interprétation et affirment que les disparités de taux d'inflation sont une conséquence de l'anarchie des monnaies et non pas un obstacle au rétablissement d'une certaine stabilité.

Prise de conscience

Le fait est qu'en 1977-1978 une prise de conscience s'est opérée au niveau international. On admet désormais que la hausse du prix du pétrole ne pouvait pas, à elle seule, expliquer l'ampleur de la crise économique en Occident. Le prix du pétrole a d'ailleurs été stable pendant toute cette période, ce qui signifie, compte tenu de l'inflation mondiale, que le pétrole a diminué en valeur réelle en 1977-1978.

En refusant toute relance, autre que concertée au niveau international, le gouvernement Barre a pu éviter l'effondrement du franc pendant la période électorale, assurer son redressement dès le lendemain des élections et atteindre l'équilibre des échanges extérieurs au printemps 1978, c'est-à-dire beaucoup plus tôt que prévu. Le dollar vaut 4,90 F en juillet 1977 ; il vaut 4,50 F en juillet 1978. La plus belle réussite du plan Barre est le redressement du commerce extérieur. Déjà, le déficit avait pu être ramené de 22,8 milliards de F en 1976 à 13,9 milliards en 1977.

Exportation

La situation ne cesse de s'améliorer à partir de l'automne 1977 : de septembre 1977 à mai 1978, les ventes de la France à l'étranger ont été supérieures à ses achats, sept mois sur neuf. Les exportations françaises au printemps 1978 sont supérieures de 15 % à leur niveau du printemps 1977, alors que les importations ne progressent que de 10 %. La performance à l'exportation est d'autant plus remarquable que les marchés extérieurs ne se sont guère développés pendant ce temps. Il est vrai que, pour certains matériels (équipements lourds), les livraisons réalisées durant cette période correspondent à des commandes passées antérieurement.