Cette intervention inattendue s'inscrivait aussi dans une autre perspective, celle de la remise à jour du programme commun établi en 1972, donc de sa renégociation entre ses trois signataires, communistes, socialistes et radicaux de gauche. Pendant des mois, c'est le principe même de cette remise en chantier qui est en balance. Tantôt les socialistes paraissent peu enclins à l'entreprendre, tantôt les communistes se gardent de presser leurs alliés. Chacun sait bien que, à partir du moment où certains chapitres vont être réexaminés, la tentation sera grande de modifier le fond même et, sur des points essentiels, l'esprit comme la lettre du programme négocié en 1972. En même temps, la marche des événements, l'évolution du PCF sur des problèmes tels que la force de frappe ou la politique européenne et aussi la pression de la base commandent une révision. Chacun s'y est d'ailleurs préparé, mais dans un certain désordre. Ainsi les socialistes répugnent-ils d'abord, puis se résolvent-ils ensuite à allonger la liste des nationalisations auxquelles procédera la gauche si elle parvient au pouvoir ; quant aux communistes, ils proposent des adjonctions supplémentaires, tandis que les radicaux de gauche souhaitent au contraire obtenir l'annulation d'une disposition qui ouvrirait la porte à d'autres nationalisations ultérieures.

Confusion et anxiété

Une série de divergences sur la portée, la nature, le délai même de l'« actualisation » se font jour entre les associés. Le PC se saisit de propos tenus par F. Mitterrand au congrès socialiste de Nantes pour ajourner des rencontres, soulever des difficultés de procédure, faire traîner en longueur les pourparlers. À plusieurs reprises, l'allié socialiste est pris à partie, soupçonné, secoué ; il se garde de répliquer trop durement, mais laisse paraître néanmoins son agacement.

Dans la majorité, les querelles continuent. J. Chirac prend l'initiative de convoquer une réunion des formations de la coalition, afin d'harmoniser leur programme et leur tactique. Il en fixe la date, le lieu. Après quelques flottements, les giscardiens (qui ont, à l'instar de l'UDR devenu RPR, changé de dénomination et se nomment maintenant Parti républicain ou PR) refusent que le leader du Rassemblement agisse ainsi comme s'il était le chef de la majorité tout entière. De son côté, Raymond Barre semble réservé et anxieux. J. Chirac somme V. Giscard d'Estaing d'agir. Un rapprochement s'esquisse entre la fraction centriste conduite par J. Lecanuet, le CDS, et les gaullistes, tandis qu'une autre tendance centriste, le parti radical dont Jean-Jacques Servan-Schreiber a repris la présidence, est plutôt en harmonie avec les giscardiens. Edgar Faure, revenu au parti radical qu'il avait quitté longtemps et qui a essayé en vain d'en prendre la présidence, songe à réunifier le radicalisme de gauche comme de droite, dans sa diversité voire dans ses contradictions.

Ainsi l'année politique 1976-1977 s'achève-t-elle dans une sorte de confusion générale. La majorité a donné, pendant des mois, le spectacle de ses divisions et elle a perdu du terrain dans les élections législatives partielles, dans les élections municipales et surtout dans les sondages, qui donnent de 52 à 54 % des voix à la gauche. Cette dernière, dont l'union a semblé se consolider au fur et à mesure qu'augmentaient ainsi ses chances d'accéder au pouvoir, s'est à son tour querellée. Dans ses rangs, la mise au pas du CERES, les négociations pour l'actualisation du programme commun engendrent une impression de désunion, moins marquée peut-être que dans l'autre camp, mais néanmoins sensible.

On comprend, dans ces conditions, que l'opinion, déçue et sceptique, s'interroge sur les jeux des partis et des politiciens et qu'elle soit tentée de se détourner, au moins pour un temps, du forum. Lassitude d'un côté, incertitude de l'autre : à quelques mois d'une échéance capitale, la partie reste très ouverte, mais, de plus en plus, les Français semblent se demander si la réalité, les clefs de l'avenir et du progrès résident bien dans cette vie publique décevante et alarmante, ou ailleurs.

L'autre actualité

Ailleurs, l'actualité a pimenté la vie quotidienne, au fil des mois, de quelques grands faits divers, parfois à la lisière du politique et du judiciaire, de quelques grands débats généralement pas très nouveaux dans leur objet, de quelques péripéties plus ou moins spectaculaires, tous sujets qui ont davantage occupé les manchettes des journaux et le petit écran, retenu plus l'attention, suscité parfois plus d'intérêt dans le public que les allées et venues et les discussions de « politique politicienne ». Sans viser à être exhaustif, on retiendra schématiquement dans ces divers domaines quatre catégories d'événements d'importance inégale et de nature fort différente.