À ce bilan ambigu, il faut cependant ajouter un autre élément : l'évolution de la qualification doit, en effet, être prise en compte si l'on veut jauger à sa juste valeur le baromètre de l'emploi. Le critère retenu (part des emplois peu qualifiés, OS et manœuvres) permet de distinguer les régions à faible qualification (notamment Basse-Normandie, Champagne-Ardennes, Franche-Comté, Auvergne) des régions à forte qualification (Région parisienne, Provence-Côte d'Azur).

« Cette structure, estiment les experts, se déforme assez peu dans le temps. » Cependant, il apparaît que :
– quelques régions à faible qualification évoluent dans le sens de la déqualification : c'est le cas de la Basse-Normandie, de la Bretagne et du Poitou-Charentes ;
– à l'inverse, quelques régions voient leur qualification (qui était déjà moyenne ou forte) sensiblement améliorée : Provence-Côte d'Azur, Midi-Pyrénées, Lorraine et, dans une moindre mesure, Nord et Rhône-Alpes.

« Ainsi, si, d'un point de vue quantitatif, la situation de l'emploi s'est améliorée dans certaines régions, elle s'est accompagnée d'une relative déqualification... Il s'agit tout spécialement des régions de l'Ouest, dont l'industrie est peu développée et récente. »

Chômage

La mesure du chômage permet d'apprécier l'ampleur du phénomène et ses distorsions entre les différentes régions.

En 1968, les régions les plus touchées par le chômage étaient la Région parisienne, le Nord et le littoral méditerranéen. En 1975, les taux de chômage ont fortement augmenté. Et, si les régions précédemment atteintes restent en haut du tableau noir, les régions de la moitié Ouest sont venues les y rejoindre. Les taux les plus inquiétants touchent les régions du Sud : Aquitaine, Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon et Provence-Côte d'Azur. En revanche, les régions de l'Est résistent mieux à la montée du chômage :
– Faible (écart 1975-1968 inférieur à 4 points en pourcentage de la population active) : Picardie, Haute-Normandie, Région parisienne, Champagne-Ardennes, Lorraine, Alsace, Bourgogne, Franche-Comté, Rhône-Alpes, Nord.
– Moyen (écart entre 4 et 6 points) : Basse-Normandie, Bretagne, Pays de Loire, Poitou-Charentes, Limousin, Auvergne, Provence-Côte d'Azur.
– Fort (supérieur à 6 points) : Aquitaine, Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon.

Partant de ces différentes contradictions, et les étendant à l'étude de l'évolution des autres nations industrialisées, les experts tirent cette première conclusion : « Parmi les phénomènes observés dans les cinq dernières années — phénomènes non pris en compte par le Scénario de la France en l'an 2000 —, celui qui a le plus retenu notre attention est sans conteste le ralentissement de la croissance économique en France : cette stabilisation, cette décélération ayant entraîné un peu moins d'investissements industriels et un peu plus de chômage.

Mais cette situation n'est pas le propre de la France. Elle a touché l'ensemble des pays industriels, à des époques légèrement décalées dans le temps et à des degrés divers. »

Ces décalages dans le temps et l'espace conduisent les experts à affirmer : « La tendance qui, dès lors, apparaît comme centrale et dominante est celle de l'inégal développement non seulement entre régions à l'intérieur d'un pays donné, non seulement entre pays industriels et pays en voie de développement, mais aussi entre pays industriels eux-mêmes. »

Et, parce que le Scénario de la France en l'an 2000 n'avait pas pris en compte ce dernier facteur (considéré aujourd'hui comme « de loin le plus important »), les futurologues sont amenés à poser de nouvelles questions, de nouveaux points d'interrogation. Les plus marquants concernent les perspectives de développement du secteur tertiaire dans les pays industrialisés. « Le développement des emplois tertiaires, affirment-ils ainsi, apparaît comme la meilleure porte de sortie. L'effort le plus considérable porterait alors sur l'État, qui développerait l'emploi, par exemple, dans les secteurs des postes et télécommunications, des transports, etc. Cette option présenterait de surcroît l'avantage de sécuriser les couches moyennes, des commerçants aux employés en passant par les agriculteurs, qui ne tiennent pas à ce que leurs enfants rétrogradent en s'orientant vers des emplois d'ouvriers. »