Alice Saunier-Seïté décide, en outre, de transformer des postes d'assistants en postes de « second degré ». Le secrétaire d'État souhaite que l'enseignement soit nettement professionnalisé et demande aux commissions de préciser pour chaque filière les enseignements d'application qui doivent être obligatoirement assurés par des professionnels et ceux qui peuvent l'être par des enseignants. Enfin, elle charge un groupe d'experts (universitaires, administrateurs, managers ou responsables d'IUT) de réfléchir sur l'avenir de ces instituts.

La première réunion a lieu le 18 mars sous la présidence du secrétaire d'État aux universités. Les membres de ce groupe de réflexion estiment nécessaire de développer des formations plus larges, d'éviter la multiplication des spécialités tout en prévoyant des options en seconde année. Ils déplorent un enseignement trop encyclopédique et souhaitent que les enseignants aient des contacts suivis avec les entreprises.

Des techniciens dans les grandes écoles

Le gouvernement veut revaloriser le travail manuel... et l'enseignement technique. Parmi les mesures prévues par Lionel Stoleru, secrétaire d'État chargé de la condition des travailleurs manuels, la plus spectaculaire est celle qui prévoit l'entrée dans les grandes écoles, ce berceau de la technocratie dirigeante, d'élèves de l'enseignement technique (ceux-ci sont généralement d'origine plus modeste que leurs camarades des classes préparatoires). La mesure envisagée ne risque sans doute pas de changer le recrutement des grandes écoles, et les dynasties de polytechniciens ont encore un bel avenir... Mais elle n'est pas pour autant négligeable : on prévoit qu'en 1982 20 % des élèves reçus aux concours d'entrée des grandes écoles viendront du technique. Ce sont eux qui bénéficieront de l'accroissement, toujours prudent et contrôlé, des effectifs des écoles. Pour vaincre toutes les réticences, les plus huppées donneront l'exemple : Polytechnique pour les ingénieurs. HEC pour les gestionnaires, et le président de la République a tenu à ce que l'ENA ne manque pas à l'appel, bien que son cas pose des problèmes délicats (elle ne recrute pas à l'issue de classes préparatoires). Les Mines, les Ponts, Centrale, Supélec et Sup'aéro, l'ESSEC et Sup de Co ne feront pas exception. Les nouveaux candidats suivront, après leur baccalauréat de technicien, deux années de classes préparatoires spéciales, avant de passer un concours comportant certaines épreuves spécifiques et des coefficients légèrement différents. Les réticences des Anciens et... des élèves ne sont pas toutes surmontés, et l'on entend dire que l'opération se soldera par un « abaissement du niveau des études »... Les IUT qui recrutent leurs élèves dans le technique s'inquiètent aussi de la décision. L'opération a des débuts modestes : on a créé, en octobre 1976, trois classes préparatoires pour la gestion, à Paris, Lille et Marseille. Six autres sont prévues pour la rentrée 1977, ainsi que quinze classes préparant aux écoles d'ingénieurs. On espère qu'en 1978 5 % des reçus viendront de ces prépas techniques. Pour limiter les risques et attirer les candidats, on prévoit d'accorder des équivalences assez larges à ceux qui ne seront pas reçus au concours : entrée directe en deuxième année d'IUT ou de section de technicien supérieur, voire dans certains deuxièmes cycles universitaires.

Les IUT gâtés puis punis

Les instituts universitaires de technologie (IUT) ont dix ans : ils ont été créés en 1966-1967 pour former, en deux années après le baccalauréat, des cadres moyens, sous-ingénieurs ou techniciens supérieurs ayant une formation plus large que ceux qui sortent des sections spécialisées des lycées techniques. Ils devaient aussi désencombrer les facultés d'un grand nombre de bacheliers jugés insuffisamment doués pour les études longues (licences et doctorats).

Échec

Le Ve plan prévoyait que ces IUT accueilleraient près de 170 000 étudiants en 1972-1973 : toutes les formations en deux ans (assistantes sociales, instituteurs, animateurs) devaient rentrer dans les IUT. Le VIe plan, moins ambitieux, ne prévoyait plus que 67 000 étudiants en 1975-1976. Or, déception, on n'y compte guère aujourd'hui que 45 000 étudiants.