L'accident — le plus grave qu'ait jamais subi une exploitation off shore — soulève des remous politiques en Norvège. Sans doute, en accordant à la Phillips Petroleum le droit d'exploiter le gisement, le gouvernement d'Oslo lui a-t-il imposé de sévères conditions de sécurité. Mais elles ne semblent pas avoir été entièrement respectées. Sans doute, l'accident a-t-il pour cause une succession de défaillances humaines. Mais est-il jamais possible de se garantir tout à fait contre une telle éventualité ?

Les moyens habituels de lutte contre les marées noires se sont révélés inefficaces dans les eaux houleuses de la mer du Nord. Les bateaux-pompes n'ont récupéré qu'une fraction ridicule du tonnage répandu. On a renoncé aux détergents, probablement plus meurtriers pour le poisson que le pétrole lui-même. Finalement, le brut d'Ekofisk étant particulièrement fluide, on s'en est remis à la nature : grâce à l'agitation des flots, une bonne partie de l'huile s'évaporerait ou coulerait après émulsion, sans avoir eu le temps de toucher les côtes...

L'affaire ranime les craintes exprimées quant aux forages pétroliers en eaux profondes. On révèle que Red Adair — le fameux « pompier volant » du Texas qui a mis fin à l'éruption — avait lui-même prédit qu'un jour ou l'autre il y aurait un désastre en mer du Nord.

L'alerte passée, le gouvernement norvégien a autorisé la reprise de la production sur les deux autres plates-formes d'Ekofisk, la remise en état de Bravo demandant un mois. Mais il a interdit tout nouveau forage au nord du 58e parallèle.

Les compagnies françaises Elf-Aquitaine et Total, qui avaient obtenu des concessions dans cette zone, envisagent de reprendre leurs recherches au large des côtes bretonnes, non loin de la zone où des forages en mer d'Iroise, en 1975 et 1976, n'avaient pas donné de résultats probants.

Le drame d'Ekofisk

À une date non précisée, un instrument de mesure tombe dans le tube de production du puits 14. On n'arrive pas à le repêcher.

Vendredi 22. On décide d'extraire le tube, ce qui exige l'obturation du puits et le remplacement de la vanne de sécurité de tête par un système de vannes différent. La boue est injectée. Après 5 heures de mise en observation, tout paraît normal.
– 21 h 30. La vanne est démontée et l'on place le 1er étage du système qui doit la remplacer. (On apprendra plus tard qu'il a été monté à l'envers !) Soudain, les détecteurs signalent une remontée de la boue. La vanne de sécurité du fond n'a pas fonctionné.
– 21 h 36. Après quelques tentatives désespérées, alerte générale. Le geyser jaillit. La plateforme est évacuée en catastrophe, sous une pluie de pétrole brûlant (110°).

Samedi 23. Le pétrole se répand dans la mer, au milieu d'un nuage de gaz. À chaque instant, tout peut sauter.

Dimanche 24. Cinq spécialistes, dont deux de la célèbre équipe de Red Adair, revêtus de combinaisons d'amiante, sont déposés sur la plate-forme de l'hélicoptère.

Lundi 25. Essais infructueux pour remettre en place le 1er étage de la nouvelle vanne, à demi-arraché par le geyser qui jaillit toujours.

Mardi 26. À plusieurs reprises, les techniciens évacuent la plate-forme, où les conditions sont instables. À Stavanger, sur la côte norvégienne, la population manifeste contre l'exploitation du pétrole.

Mercredi 27. Le 1er étage est remis en place. Mais la pluie de boue et de pétrole oblige à abandonner la plate-forme en début d'après-midi.

Jeudi 28. Trois échecs successifs. On envisage de renoncer. La Phillips Petroleum demande à Red Adair de venir en personne.

Vendredi 29. On essaie de réduire la pression avec des mâchoires arrivées spécialement d'Écosse. Elles sautent. L'après-midi, deus ex machina, Red Adair atterrit à Stavanger et commence par tenir une conférence de presse.

Samedi 30. L'avion qui devait apporter de nouvelles mâchoires de Californie n'est pas arrivé. On essaiera des mâchoires qui ont été fabriquées sur place.
– 5 h 30. Red Adair et ses hommes sont sur la plate-forme.
– 11 h. Les mâchoires sont essayées. Elles tiennent.
– 11 h 10. On les rouvre le temps de monter deux étages du système de sécurité.
– 11 h 30. Nouvelle fermeture. Cela tient toujours. On commence à injecter la boue.
– 15 h. Le puits est maîtrisé.

Chimie

Le drame de Seveso — dont l'exacte gravité est encore difficile à évaluer — incite certains milieux écologistes à mener campagne contre les dangers de l'industrie chimique. En France, les responsables de cette industrie affirment qu'un accident analogue y est impossible : aucune usine n'y fabrique de trichlorophénol depuis plusieurs années. Le gouvernement prépare un projet de loi sur le contrôle des produits chimiques, pour le soumettre au Parlement lors de sa session de printemps 1977. Le 9 novembre 1976, le ministre de la Qualité de la vie signe avec Pechiney-Ugine-Kuhlmann un nouveau contrat antipollution. Le groupe industriel s'engage à consacrer 250 millions de F avant 1979 pour équiper ses usines de dispositifs contre les nuisances.