Pendant un mois et demi, de la fin juin au 12 août 1 976, les assiégés vivront un cauchemar. À plusieurs reprises, la Croix-Rouge tente d'évacuer au moins les blessés les plus graves, mais elle doit renoncer car l'assaillant tire sur les ambulances. Quatre cents personnes trouvent une mort horrible, emmurées dans un abri souterrain qui s'est effondré sous les bombes. Les chiens et les chats se disputent des lambeaux de cadavres. On estime qu'environ 1 000 blessés agonisent sans secours à l'intérieur du camp. Jamais sans doute la guerre du Liban n'aura atteint une telle continuité dans l'horreur, et l'opinion internationale s'émeut.

Objectif syrien

Qui est responsable de cette situation ? Les assaillants chrétiens veulent certes remporter une victoire militaire totale en ce secteur qu'ils estiment décisif. Mais l'OLP accuse nettement Damas. Les troupes syriennes ne participent pas directement au siège. Mais, en bloquant, dans la Bekaa et le Sud, les forces palestiniennes, elles empêchent que soit dégagé de l'extérieur le camp dramatiquement assiégé.

Dès lors, l'opinion arabe s'interroge : que veulent donc les Syriens ? Essaient-ils, comme le disent les Palestiniens, de liquider la « vraie résistance » de l'OLP au profit de la Saïka prosyrienne ? Rêvent-ils d'une grande Syrie regroupant, comme autrefois, autour de Damas une province libanaise, une province jordanienne, une province palestinienne ? Il semble que l'objectif du président Assad soit plus limité.

La Syrie affirme qu'elle veut sauvegarder l'intégrité du Liban. C'est sans doute vrai. Car l'intérêt de Damas est clair : la Syrie, qui compte elle aussi de très nombreux chrétiens, ne peut tolérer à ses côtés ni le petit Liban chrétien que souhaitent les phalanges libanaises, ni le régime révolutionnaire arabe de gauche que veulent instaurer, à Beyrouth, la gauche libanaise et les Palestiniens. Il lui faut faire en sorte qu'il n'y ait au Liban ni vainqueurs ni vaincus. Elle soutient donc alternativement l'un et l'autre camp, jusqu'au moment où elle s'impose comme arbitre.

De plus, son action militaire a aussi ses limites : Assad peut mettre au pas très durement la résistance palestinienne ; il ne peut se permettre de l'anéantir sans voir se dresser contre lui l'ensemble du monde arabe. Sa marge de manœuvre n'est donc pas illimitée. Il avance au Liban par étapes prudentes et parfois contradictoires (mais la contradiction s'efface quand on se place du point de vue de Damas).

D'ailleurs, les pressions internationales s'accentuent. Le 11 juillet, Brejnev envoie un message à Assad pour rappeler que les Palestiniens du Liban sont « des amis et des patriotes ». Sadate crie à la trahison. Le 13 juillet, la Syrie adresse un ultimatum à l'OLP : il faut accepter la présence et l'arbitrage syrien au Liban. L'OLP refuse. Dans tout le pays, la bataille alors fait rage (500 morts et 800 blessés en deux jours, les 16 et 17 juillet), et les casques verts saoudiens ne peuvent valablement intervenir, sauf à un poste de contrôle dans Beyrouth.

Le Liban se partage clairement en deux. La droite organise son secteur et y construit un aérodrome ; la gauche installe à Beyrouth-Ouest une administration provisoire. Enfin, à bout de forces, les Palestiniens finissent par accepter, le 27 juillet, à Damas, les principales conditions syriennes. Un cessez-le-feu général est décrété, un comité tripartite est créé, le dialogue libanais doit s'engager sous l'autorité du président Sarkis, les accords du Caire de 1969 seront appliqués.

Cet accord, qui est un succès pour Damas, a pour les Palestiniens le mérite d'éviter le pire. Mais les chrétiens libanais, s'estimant frustrés de la victoire, refusent de l'appliquer. Les combats ne cessent donc pas, au contraire. L'enclave palestinienne de Nabaa se rend le 6 août. Le camp de Tell el-Zaatar, enfin, succombe au cours d'un dernier assaut, le jeudi 12 août, après 52 jours de siège. Huit mille rescapés sont emmenés en camions, certains sont exécutés. On dénombre environ 2 000 morts dans le camp. Ainsi s'achève un épisode atroce, que personne au Liban ne pourra oublier et qui hypothéquera l'avenir.

Mission impossible

Après Tell el-Zaatar, les islamo-progressistes regroupent leurs troupes et déclenchent à Beyrouth une série de représailles, vite suivies de ripostes. Sous ce qu'on appelle les « bombardements aveugles », Beyrouth une fois de plus se bat et flambe au rythme effarant de 300 obus par jour.