Cette évolution a pour effet direct d'augmenter le chiffre de la population active. L'objectif fixé (en 1969 pour 1986) de 1 100 000 actifs n'est pas loin d'être atteint. Mais les conséquences de la crise économique de 1974 et 1975 sur l'emploi montrent que la Bretagne ne parviendra pas à atteindre le plein emploi sans un changement profond de politique industrielle et de comportement de sa population.

En effet, les prévisions pour la période 1976-1980 sont les suivantes :
– la population agricole continuera à diminuer, mais à un rythme moindre. Alors que, pour la période 1968-1975, on avait compté en moyenne 13 000 départs par an, ce chiffre devrait tomber à 8 000 ;
– l'accroissement de la population active (7 500 personnes en moyenne par an de 1968 à 1975) devrait quelque peu se ralentir, avec 5 000 actifs de plus par an ;
– sur ces bases, la population disponible à employer à la fin du VIIe Plan atteindrait 1 090 000 personnes, dont 185 000 dans l'agriculture, 890 000 dans le secondaire et le tertiaire, plus environ 15 000 personnes à la recherche d'un emploi.

L'examen de ces statistiques conduit les responsables régionaux à évaluer à 90 000 le nombre d'emplois nouveaux à créer en Bretagne dans le secondaire et le tertiaire. Et, comme on a constaté que 2,5 emplois étaient créés dans le tertiaire pour 1 dans le secondaire, il faudra donc implanter 25 000 emplois secondaires pour 1980. Or, la situation des effectifs dans le bâtiment et les travaux publics devant vraisemblablement demeurer stable, c'est uniquement l'industrie qui devra fournir ce supplément d'activités.

Tout le problème est de savoir si cet objectif, considéré comme la priorité des priorités, est susceptible d'être atteint. Certes, au cours des quinze dernières années, les régions de l'Ouest-Atlantique ont connu un développement économique qui leur a permis de combler une partie de leur retard sur la plupart des autres régions françaises. Ainsi, l'accroissement du nombre de salariés dans l'Ouest-Atlantique a été de 27 % de 1968 à 1974, contre 9 % pour la France entière. Pendant cette même période, le quart des emplois industriels créés l'a été dans l'Ouest qui ne représente pourtant que 13,8 % de la population française.

Ainsi, les régions de l'Ouest ont vu se développer une industrie légère, utilisant une main-d'œuvre nombreuse mais souvent peu qualifiée, nécessitant des investissements relativement limités et s'accommodant de certaines difficultés de communication.

Mais ces résultats favorables ne doivent pas masquer ce fait préoccupant : les industries lourdes (celles qui ont des effets d'entraînement importants et peuvent structurer un développement industriel durable) ont continué à croître et à s'implanter dans les parties nord, est et sud-est de la France. Sur 14 milliards de francs investis dans ces domaines en 1971, 1972 et 1973, 86 % ont été concentrés dans quatre régions : Nord, Lorraine, Rhône-Alpes et Provence-Côte d'Azur. Les régions de l'Ouest et du Sud-Ouest ne recueillent que 14 % de ce pactole, alors qu'elles comptent 37 % des salariés de l'industrie.

Or, dans l'avenir, « l'éloignement de la Bretagne des grands marchés de consommation comme des sources de matières premières, les insuffisances de ses moyens de liaison et de communication, la faiblesse de ses ressources énergétiques continuent à représenter des handicaps majeurs ».

C'est pourquoi la création de 90 000 emplois, dont 25 000 industriels, suppose non seulement la mise en place des moyens nécessaires à l'industrialisation (plates-formes industrialo-portuaires et desserte en énergie), mais aussi la modernisation des communications : achèvement du Plan routier breton, amélioration de la qualité des services et des tarifs de la SNCF, achèvement de l'équipement aérien, développement des liaisons maritimes et aériennes avec l'extérieur et, notamment, avec la Grande-Bretagne. Car, plus que jamais, le développement des communications reste une condition nécessaire, sinon suffisante, au développement économique.

Pays-de-la-Loire

La crise a remis en cause le décollage industriel

Principal sujet d'inquiétude pour les responsables régionaux : le décollage industriel constaté au cours de la dernière décennie n'a pas permis à l'économie régionale de faire complètement face à la crise surgie en 1974. Le ralentissement s'est trouvé plus accusé dans les Pays-de-la-Loire que dans le reste de la France.