Ainsi se confirme l'existence à cette époque, en Afrique orientale, de trois groupes d'Hominidés différents : deux Australopithèques, le robuste et le gracile, et un Homme ; trois formes assez voisines les unes des autres, mais qui montrent cependant des différences significatives, en particulier dans la forme des mâchoires et les dimensions des dents. Notons qu'il est très rare de trouver les trois Hominidés dans le même site à la même époque.

La découverte faite sur le site d'Hadar en 1 975 a l'intérêt de concerner tout un groupe d'individus : au total, plus de 120 fragments fossiles se rapportant à trois adultes et à deux enfants de quatre à six ans. Certains de ces fragments présentent un avantage exceptionnel : on a, pour la première fois, par exemple, une main entière.

Les hommes fossiles d'Hadar ne sont pas les plus vieux que l'on connaisse ; la concurrence est vive dans ce domaine. À Hadar même, certains fossiles d'hommes pourraient remonter à 3,5 millions d'années. D'autre part, des restes humains ont été découverts récemment à Laetolil, en Tanzanie, non loin d'Oldoway. Ils ont été datés de 3,3 à 3,7 millions d'années.

Ramapithèques

Rien de comparable n'a encore été trouvé en Europe. En revanche, le stade antérieur aux Australopithèques a pu être représenté sur notre continent. Il s'agit des Ramapithèques, fossiles très fragmentaires, vieux de 14 à 19 millions d'années et connus seulement jusqu'ici en Inde et en Afrique orientale.

Le paléontologue hongrois Miklos Kretzoi a fait connaître, en octobre 1975, le résultat de ses recherches sur des fossiles trouvés à Rudabanya, dans le nord-est de la Hongrie. Certains de ces fossiles appartiendraient à un être étroitement apparenté à ces précurseurs d'Afrique et de l'Inde. Mais plus récent qu'eux (8 millions d'années). Il serait aussi un peu plus évolué dans le sens humain. Il paraît, en effet, de constitution assez gracile, possède une face courte, des incisives relativement petites. L'opinion de M. Kretzoi a été confirmée par d'autres paléontologues. La question des préhominiens en Europe est donc posée.

On peut même se demander si quelques surprises ne pourraient pas venir du sol français. Au début de 1976, le professeur Guth a annoncé à l'Académie des sciences la découverte en Auvergne de galets aménagés. Ces types de galets n'appartiennent pas forcément à des époques très anciennes. Mais ceux-là se trouveraient ici dans un niveau vieux de 2 millions d'années.

Si la date et l'appartenance à ce niveau se confirment, ce serait, évidemment, un gros pavé dans la mare. Un de plus. Et l'on en viendrait alors à se demander si l'Homme n'a pas pu naître un peu partout.

Étiolles, un grand ensemble de la préhistoire

Unique en France ? Unique au monde ? L'appréciation varie suivant l'enthousiasme du préhistorien interrogé. Mais le fait est que le gisement d'Étiolles, connu depuis 1972, affirme un peu plus chaque année son importance. Ici, sur les bords de la Seine, devra se construire la ville nouvelle de Melun-Sénart. En attendant, c'est un grand ensemble préhistorique qui a été mis au jour. Il remonte au paléolithique supérieur, c'est-à-dire à plus de dix mille ans.

Structures

Ensemble exceptionnel d'abord par la quantité des vestiges et des structures. Les sept campagnes de fouilles conduites jusqu'à la fin de 1975 ont permis de recueillir environ 60 000 objets ou fragments d'objets en pierre, alors que la superficie fouillée n'atteint pas 500 m2. Beaucoup de ces produits lithiques sont liés à des structures. Cinq structures d'habitat ont déjà été trouvées et fouillées. Elles se recouvrent parfois en partie, ce qui permet d'ébaucher une chronologie. Il doit y en avoir beaucoup d'autres : les sondages révèlent presque partout des objets en grand nombre aux alentours de la zone fouillée. L'un d'eux, pratiqué à plus de cinquante mètres de là, a livré encore du silex et un début de structure. Par la masse des trouvailles comme par leur intérêt, par sa situation (en bordure de la Seine) comme par la nature du terrain (du limon fin), par l'époque, enfin, à laquelle il remonte, le site d'Étiolles s'apparente à celui de Pincevent, déjà célèbre (Journal de l'année 1966-67). Il date, comme lui, du magdalénien (fin du paléolithique supérieur) et, comme lui, doit sans doute son existence à un gué qui permettait alors de passer le fleuve.

Pierres

Bien des structures déjà découvertes étonnent les préhistoriens. Si l'une des habitations n'a pu être définie que par la dispersion des objets au sol, deux autres ont été trouvées cerclées de grandes dalles couchées à plat. Les deux dernières étaient établies sur une pente, et l'on avait dû creuser le limon. Il semble que les habitants de ce site aient eu un goût particulier pour le travail et l'appareillage de la pierre. Peut-être ce matériau abondait-il. En tout cas, un des foyers trouvés dans les habitations est lui-même appareillé. Bordé par deux grosses dalles, il était, en outre, édifié sur une double rangée de pierres jointives. Cela servait peut-être à créer une surface chauffée sans contact avec la braise. De plus, la cuvette du foyer pouvait être vidangée par un petit couloir spécial.