Journal de l'année Édition 1976 1976Éd. 1976

Autre chef de file de la bande dessinée pour la jeunesse, le prestigieux Hergé, qui nous revient en 1976 avec Tintin et les Picaros, 23e album d'un ensemble paru à 45 millions d'exemplaires en une vingtaine de langues.

Évoquer Hergé, c'est évoquer l'école belge, qui a longtemps dominé la production et qui, par des rééditions et des créations nouvelles, s'efforce de rester d'actualité.

Jacques Martin (Alix l'intrépide), E.-P. Jacobs (Blake et Mortimer), J.-M. Charlier et V. Hubinon (Buck Danny, Barbe-Rouge), R. Macherot (Chlorophylle, Sibylline), M. Tillieux (Gil Jourdan), Peyo (Johan et Pirlouit, les Schtroumpfs), J. Gillain dit Jijé (Jerry Spring) et bien d'autres expriment la vitalité d'un style de récit et d'un graphisme qui pourraient fort bien revenir en force dans les années à venir.

Une mention toute spéciale doit revenir à André Franquin, longtemps dessinateur de Spirou et Fantasio, créateur de Gaston Lagaffe et du merveilleux Marsupilami. Ses pairs et les lecteurs reconnaissent en lui l'un des plus importants artistes de bande dessinée.

Tous ces créateurs s'expriment dans les hebdomadaires Spirou et Tintin, qui cherchent à reconquérir une partie du jeune public qui s'en est allé vers d'autres formes de presse.

Évolution

Pour ce faire, les nouvelles orientations du western, du fantastique et de la science-fiction sont mobilisées, ainsi que d'affriolantes héroïnes (telle Natacha, hôtesse de l'air de F. Walthéry) qui, en d'autres temps, auraient fait hurler les membres de la commission sur les publications destinées à la jeunesse, instituée par la loi du 16 juillet 1949.

Cette loi, de plus en plus battue en brèche par l'évolution des mœurs, précise : « Les publications [...] ne doivent comporter aucune illustration, aucune chronique, aucune rubrique, aucune insertion présentant sous un jour favorable le banditisme, le mensonge, le vol, la paresse, la lâcheté, la haine, la débauche, ou tous actes qualifiés crimes ou délits ou de nature à démoraliser l'enfance ou la jeunesse, ou à inspirer ou entretenir des préjugés ethniques. »

Le Journal de Mickey et Pif-Gadget ont mieux résisté à l'érosion qui menace la presse illustrée pour jeunes. Le premier est soutenu par la mythologie disneyenne, maintenue chaque année par une ou plusieurs productions cinématographiques ; le second (appartenant au groupe de presse du PCF) a abandonné le didactisme progressiste pour le gadget sous Cellophane, chaque semaine renouvelé, tout en proposant des séries appréciées des lecteurs : Rahan et Docteur Justice.

Pilote, qui vise plus particulièrement un public d'adolescents et d'adultes déjà familiarisé avec la BD, trouve un second souffle en devenant mensuel en juin 1974. Dans les années précédentes, comme hebdomadaire, il s'était épuisé à suivre une frange de lecteurs qui lui préférait des publications beaucoup plus virulentes.

Tous ces magazines doivent aussi compter avec la télévision, qui habitue à suivre des feuilletons en épisodes complets et, comme le souligne fort justement J.-M. Charlier : « Je crois très profondément que les jeunes, à cause de la télévision notamment, n'ont plus le courage d'attendre quarante semaines la fin d'une histoire. »

Marché

G. Dargaud, éditeur de Pilote, s'est assuré la part essentielle du marché des albums qui rassemblent des histoires parues en séquences hebdomadaires ou des épisodes inédits. Les locomotives Astérix, Lucky Luke, Blueberry entraînent dans leur sillage des dizaines d'autres titres et d'autres héros. Massivement diffusés (dans les rayons des grandes surfaces en particulier), les albums sont devenus un élément important sinon essentiel du chiffre d'affaires d'éditeurs plus ou moins spécialisés : Dupuis, Casterman et Hachette.

Larousse, à son tour, se met sur les rangs et publie en fascicules mensuels une Histoire de France, dessinée par une équipe, dont Victor de La Fuente, Julio Ribera, Milo Manara et Raymond Païvet, sur un scénario établi notamment par Christian Godard, Pierre Castex et Roger Lecureux.

L'augmentation du prix du papier et des coûts de production en général fait fortement grimper le prix de ces ouvrages cartonnés, ce qui oblige les éditeurs à s'appuyer sur des valeurs sûres et à éviter les risques au maximum.