Cette déclaration n'annonce pas la promulgation d'une constitution mais seulement d'un « statut de gouvernement fondé sur le Coran et la shari'a (législation musulmane) ». Elle affirme, certes, qu'une assemblée consultative serait créée, mais n'indique aucun délai pour sa désignation. Pourtant, l'émir Fahd, vice-président du Conseil et homme fort du régime, avait déclaré en août qu'elle entrerait en fonction au mois d'octobre, au plus tard.

Armements

Le budget 1975-1976, rendu public le 9 juillet par le roi Khaled, comporte des dépenses qui s'élèvent à 32,5 milliards de dollars, soit plus du double de celles de l'exercice précédent (14,3 milliards de dollars). Mais les crédits consacrés à la Défense nationale et à la sécurité (trois fois plus élevés qu'en 1974-1975) absorbent 42 % de l'ensemble du budget, proportion qui, n'a jamais été atteinte dans l'histoire du royaume. Cette prodigalité s'explique par la double préoccupation des nouveaux dirigeants : protéger le régime de la subversion intérieure, qui risque de s'intensifier ; contrebalancer l'influence grandissante de l'Iran dans la région, tant dans le domaine militaire que dans le domaine politique.

Cependant, le coût de l'armement acquis par l'Arabie Saoudite en 1975 demeure en deçà de celui acheté par l'Iran : 6,3 milliards contre 10,4 milliards de dollars. Compte tenu de la disproportion des populations des deux pays, toutefois, les dépenses militaires du royaume wahabite représentent plus du double de celles de l'Iran : 712 contre 314 dollars par habitant. Ainsi le gouvernement de Riyad ne consacrera-t-il qu'une partie relativement modeste de son budget à deux secteurs d'intérêt public, l'éducation nationale et les services sociaux, qui reçoivent chacun moins de 10 % des crédits de l'État.

La situation financière du royaume n'a jamais été aussi florissante. L'Arabie Saoudite possédait en mars 25 milliards de dollars en excédents monétaires, se plaçant ainsi en deuxième position parmi les pays les plus riches de la planète, après la République fédérale d'Allemagne et avant les États-Unis (dont les réserves s'élevaient à 16,3 milliards de dollars).

Le gouvernement saoudien se montre particulièrement généreux à l'égard du groupe pétrolier Aramco, dans lequel il détient, depuis le 1er janvier 1974, 60 % des parts. Il décide, en effet, le 24 mars, d'acquérir le reliquat des parts pour 1,5 milliard de dollars et de verser, de surcroît, au consortium américain (qui se transformerait en société de services) une prime de 20 à 22 cents pour chaque baril de brut enlevé. L'accord de principe, élaboré à Panama City, en Floride, prévoit encore que Aramco serait autorisé à opérer non seulement dans le domaine pétrolier mais aussi dans ceux de l'exploitation du gaz naturel, de l'électrification des provinces orientales, de divers projets industriels.

Main-d'œuvre

L'euphorie suscitée dans les milieux officiels par le plan quinquennal (1975-1980) [pièce maîtresse de la politique économique] ne tarde pas à se dissiper. Les responsables se rendent compte, début 1976, que leur projet (comportant des investissements de l'ordre de 142 milliards de dollars en cinq ans) devra être ramené à des proportions moins gigantesques. Le principal problème, paradoxalement, est que le pays croule sous sa richesse pétrolière sans avoir les moyens de l'utiliser. La pénurie de main-d'œuvre, de personnel qualifié, l'indigence des infrastructures constituent quelques-uns des redoutables obstacles à l'industrialisation qu'avait prévue le plan quinquennal.

Les responsables reculent devant la décision d'importer de 500 000 à 800 000 travailleurs étrangers, alors que 30 % déjà de la population (estimée entre 3 et 5 millions d'habitants) n'est pas d'extraction saoudienne. Les biens et équipements divers, importés à grands frais, voient leurs prix augmenter avec l'attente dans les ports congestionnés du royaume, attente qui s'étend souvent jusqu'à cinq mois. Des industries édifiées dans ces conditions ne pourraient être concurrentielles sur les marchés mondiaux, la consommation locale étant forcément réduite. Les autorités s'inquiètent enfin du rythme d'inflation, de l'ordre de 50 % l'an, et de la spéculation foncière effrénée, qui oblige les cadres étrangers à payer jusqu'à 40 000 dollars par an pour un logement. Sur le plan de la politique étrangère, l'Arabie Saoudite continue à entretenir des relations privilégiées avec Washington, malgré la campagne qui se développe aux États-Unis contre les mesures de boycottage prises par Riyad à rencontre de firmes américaines appartenant à des juifs ou en employant.