Journal de l'année Édition 1976 1976Éd. 1976

Et, pour le prochain quinquennat, l'objectif — plus réaliste — n'est plus que de 26 %. Alors qu'au début des années 60 Khrouchtchev promettait aux Russes 250 millions de t d'acier et 300 millions de t de céréales pour 1980, les objectifs officiels ne sont plus, respectivement, que de 165 et 220 millions de t pour la même année. À chacun sa crise. Partout, dans les pays socialistes comme dans les pays capitalistes, la croissance de l'économie se ralentit.

« Serpent »

Il a suffi que les perspectives de notre commerce extérieur deviennent plus sombres pour qu'au début de l'année 1976 le franc redevienne une monnaie vulnérable. La chute de la lire italienne et de la livre anglaise oblige même Valéry Giscard d'Estaing à revenir, en mars 1976, sur une décision à laquelle il avait donné un grand éclat en mai 1975 : le retour du franc dans le peloton des monnaies européennes fortes, regroupées autour du mark allemand dans ce que l'on appelle le serpent monétaire européen.

En arrimant le franc au mark, le gouvernement visait deux objectifs. Un objectif de politique internationale : la France symbolisait ainsi sa volonté de donner un nouveau départ à la politique d'unification européenne. Et un objectif de politique intérieure : une monnaie solide, à un cours élevé, devait contraindre les entreprises françaises à modérer leurs prix, pour rester compétitives sur les marchés extérieurs. Seulement, on ne pouvait savoir qui entraînerait l'autre : du franc qui devait modérer la hausse des prix ou de la hausse des prix qui pouvait culbuter le franc. Six mois après le début de l'expérience, la preuve est faite que le taux d'inflation est plus fort que le taux de change.

Flottement

Le franc ne peut pas rester lié au mark allemand, parce que la hausse des prix en France ne s'est pas rapprochée de ce qu'elle est en Allemagne. Pour éviter que la spéculation ne vienne saigner nos réserves de change, nous nous trouvons donc contraints de revenir au flottement de notre monnaie. L'opération réussit, d'ailleurs, sur le plan technique : le cours du change se stabilise rapidement et la Banque de France n'a pas besoin de tirer sur ses réserves de devises pour soutenir le franc.

Politiquement, l'échec est tout de même douloureux pour le président Giscard d'Estaing. D'autant que les hasards du calendrier font qu'il doit prendre cette décision au moment précis où il essuie un échec dans les élections cantonales. Il ne peut pas se permettre un troisième échec en ratant la reprise économique. Fort heureusement, le plan de relance du mois de septembre produit ses effets. Toute la politique du gouvernement est fondée sur un transfert d'argent, des caisses de l'État vers les caisses des entreprises. Cela explique le déficit budgétaire de 1975 : une quarantaine de milliards de F. Déficit qui ne sera pas entièrement résorbé en 1976, où l'on prévoit un déficit de l'ordre de 10 milliards de F.

Chômage

Le souci no 1 du gouvernement est de circonscrire, puis de résorber le chômage. V. Giscard d'Estaing annonce lui-même aux Français, en mai 1 976, que la bataille de la reprise est en bonne voie d'être gagnée. Et il en distribue tout de suite les premiers dividendes en promettant aux personnes âgées un revenu minimal d'un million ancien par an, à la fin de 1977. Parallèlement, des mesures en faveur de l'emploi des jeunes sont mises en œuvre : contrats d'emploi-formation, permettant aux entreprises d'embaucher des jeunes qui poursuivent en même temps leur formation ; prime à l'embauche de 500 F par mois, pendant six mois ; allégement des charges pour les artisans qui prennent des apprentis. Les résultats de ces actions sont limités : fin mai 1976, il n'y a que 10 000 emplois créés par les contrats emploi-formation et 60 000 par les primes à l'embauche.

Le nombre des chômeurs ne décroît que très lentement. Après avoir franchi le million, en chiffres bruts, fin octobre 1975, il revient autour de 800 000 fin juin. Mais il faut tenir compte des phénomènes saisonniers : on embauche toujours davantage au printemps. Si l'on élimine ce phénomène, on constate que le nombre des chômeurs reste en juin 1976 au même niveau qu'en octobre 1975. L'arrivée inévitable d'une nouvelle masse de jeunes qui sortent de l'école rend probable un nouveau franchissement de la barre du million à l'automne 1976. Toutefois, ce ne sont pas toujours les mêmes qui sont chômeurs et il y a, parmi ceux-ci, plusieurs catégories.

Grèves

On a pu calculer, au printemps 1976, que la plupart des jeunes qui s'étaient fait inscrire, à la rentrée 1975, comme chômeurs, avaient trouvé un emploi. Sur le million de personnes à la recherche d'un emploi, environ la moitié n'ont jamais travaillé (jeunes, femmes, etc.). Et le nombre de chômeurs licenciés pour des raisons économiques (les seuls qui bénéficient de la garantie de salaire à 90 %) n'a jamais excédé 120 000, c'est-à-dire 1 chômeur sur 9.