Dirigées par Michael Moseley, de Harvard, les fouilles ont montré que le cœur de la ville était constitué par neuf ensembles de grande taille, dessinant en général des rectangles de 200 à 600 m de côté. Le matériel récolté prouve que ces ensembles ont été construits successivement, les plus anciens étant les plus proches de la côte. Ils offrent de grandes ressemblances de structure. On y trouve des pièces dont les unes ont été interprétées comme des magasins, les autres comme des bureaux. Certains bureaux en commandent d'autres, ce qui suggère une hiérarchie administrative. On pense que chaque ensemble a été l'œuvre d'un roi, sa résidence et le siège de son administration.

Chacun d'eux comprend une cour avec une plateforme funéraire. Le roi mort, son successeur faisait construire un autre ensemble.

Artisans

Outre ce quartier royal, la ville comprenait des quartiers résidentiels, sans doute habités par la classe dirigeante : les édifices y sont moins importants, quoique encore spacieux. Enfin, l'ouest et le sud de la capitale ont montré les restes d'un grand nombre de maisons petites, entassées et irrégulières. Là vivait le peuple ; le matériel retrouvé indique qu'il comprenait surtout des artisans. Ne vivaient donc dans la ville que les dirigeants, les fonctionnaires et les spécialistes dont la classe supérieure avait besoin. Les paysans étaient presque tous laissés au-dehors.

Certains édifices ont fourni des indications sur la façon dont le travail était organisé. Leurs murs montrent une construction par massifs verticaux distincts. Les briques employées pour un massif diffèrent de celles du massif voisin : elles sont marquées d'un signe particulier. Ainsi se trouve suggérée l'existence de groupes de travail, peut-être même de corvées, les habitants d'un village étant, par exemple, tenus de préparer un certain nombre de briques et de venir construire une partie du monument. Comme celle des Incas, les sociétés préincas semblent avoir été fortement organisées.

La diffusion de l'agriculture

Les civilisations qui ont suivi ce qu'on appelait autrefois l'âge du renne (le paléolithique supérieur) ont fait l'objet de très nombreuses recherches depuis plusieurs années. Le congrès de la Société préhistorique française (Martigues, juillet 1974) a précisément choisi pour thème l'apparition et la diffusion de l'agriculture en France. Une période jusqu'ici mal connue s'éclaire ; une histoire commence donc à pouvoir être racontée.

Surprises

Première surprise : le passage à l'agriculture a été remarquablement étudié dans le sud-est de la France, sous l'impulsion d'Escalon de Fonton. Or, comme presque partout ailleurs, on est conduit à reculer dans le temps les premières activités agricoles.

Déjà connues au Moyen-Orient vers 7000 avant J.-C., elles semblent avoir atteint le midi de la France vers le milieu du vie millénaire. Les dates les plus anciennes (5700 av. J.-C.) sont à retenir pour la Corse et la côte provençale.

Après ce vieillissement, la seconde surprise est venue de la très grande lenteur avec laquelle s'est effectué ce changement. On a longtemps parlé de la « révolution néolithique ». Il semble que la plus grande révolution ait dû se faire dans l'esprit des préhistoriens ; la diffusion de l'agriculture sur l'ensemble du territoire a demandé, en fait, beaucoup plus d'un millénaire.

Il n'est d'ailleurs pas impossible que l'élevage ait précédé l'agriculture. Le mouton pourrait avoir été domestiqué dans le midi de la France vers 6500 av. J.-C. La culture du blé ou de l'orge ne serait donc venue que huit cents ans après, et l'ensemble serait resté limité à la zone côtière pendant très longtemps encore. Ce néolithique cardial doit son nom aux impressions de coquillages (coques ou cardium) qui décoraient les poteries. Il ne se diffuse pas à plus d'une centaine de kilomètres vers l'intérieur : au-delà subsistent des sociétés de chasseurs-pêcheurs, et le progrès est refusé pendant plusieurs siècles.

Troisième surprise : il n'y a pas eu alors de grands mouvements de population, pas davantage de transformation radicale dans la civilisation. Si la répartition côtière des sites néolithiques les plus anciens indique un trafic par cabotage, rien ne révèle l'irruption d'un mode culturel nouveau. On est obligé d'admettre que les habitants du lieu ont simplement acquis une technique nouvelle, sans qu'il y ait eu changement par ailleurs. Il n'y a pas eu de grandes migrations, pas de nouveaux arrivants. Ce sont seulement les mésolithiques qui se sont néolithisés. La répartition des sites et la densité du peuplement restent apparemment les mêmes.

Lenteur

L'agriculture s'est aussi diffusée en France par le nord, mais plus tard : le courant néolithique venu d'Europe centrale n'atteint le Bassin parisien que durant la période du ve millénaire – avec la même lenteur.