Mais, d'une découverte fondamentale à une application thérapeutique, rappelle une mise en garde de la direction de l'Institut Pasteur, « la route est toujours très longue et parfois bloquée... »

Toute différente est l'approche de deux chercheurs américains de l'Institut du cancer de Washington, Robert Gallo et Robert Gallagher, exposée devant une réunion d'hématologues tenue à Atlanta (janvier 1975). Ils ont trouvé a plusieurs reprises, dans des prélèvements effectués chez une femme atteinte d'une leucémie aiguë myélo-blastique, la trace d'un virus qui, d'une part, possède les propriétés biochimiques de certains virus oncogènes connus, et qui, d'autre part, présente des parentés physico-chimiques avec des virus cancérogènes du singe. Les résultats de Gallo et Gallagher ont été confirmés par l'équipe canadienne des docteurs McCulloch et Mach (Toronto), mais il reste à administrer la preuve que ce virus est l'agent causal de la maladie.

Seules des expériences très précises, comme la cancérisation d'un animal d'expérience par inoculation de ces particules, pourraient constituer cette preuve : au début de 1975, elles n'avaient pas encore été réalisées.

Tournant

Ces derniers semblent devoir polariser l'effort des équipes cliniques et des équipes de recherches jusqu'au congrès de 1978. Les dirigeants de l'Union internationale contre le cancer, que préside le Français Pierre Denoix, décident de canaliser ce congrès vers l'étude globale des localisations les plus fréquentes du cancer – sein et utérus chez la femme, appareil digestif et appareil respiratoire chez l'homme. Ce tournant dans la politique et la stratégie de l'Union est déjà amorcé à Florence, où les études ponctuelles sont fort nombreuses, sans que les recherches plus synthétiques sur l'étiologie ou l'épidémiologie des cancers soient pour autant négligées.

Sein

Jusqu'à ces dernières années, on a expliqué la très faible incidence du cancer du sein au Japon (relativement à l'Europe et aux USA où il est très répandu) par les habitudes d'allaitement des Japonaises, considérées comme un facteur de protection. Mais les dernières statistiques montrent que cette localisation cancéreuse augmente d'inquiétante façon au Japon, alors que les enfants continuent d'y être nourris au sein. Où trouver l'explication du phénomène ? Un changement important dans le régime alimentaire des femmes, provoquant une augmentation moyenne de la taille et du poids, aurait-il un retentissement endocrinien ? Telle est l'hypothèse actuellement envisagée.

Autre fait étrange : les femmes Parsis (tribu venue d'Iran au viie siècle et vivant actuellement dans la région de Bombay, où elle a conservé son identité ethnique) présentent le taux apparemment le plus élevé de cancer du sein : 49 % des cancers féminins, contre 26 % aux USA et en Europe. Facteur génétique ? Dans cette voie, le docteur Terasaki a pu mettre en évidence, dans des familles à haute incidence cancéreuse, l'existence de certains antigènes qui pourraient être considérés comme les révélateurs d'un terrain héréditaire prédisposant à la maladie cancéreuse. Facteur viral ? Dan H. Moore a décelé dans le lait de certaines femmes des particules virales de type B, semblables à celles qu'on découvre dans les tumeurs mammaires de la souris ; et ces particules sont observées le plus fréquemment chez des femmes ayant des antécédents de cancers du sein dans leur famille, notamment chez leur mère (Journal de l'année 1972-1973). Depuis ce moment (1972), rien n'est venu confirmer la thèse de Moore, bien que des indications d'ordre biochimique laissent supposer que l'existence de ces particules joue un rôle dans le cancer mammaire : mais lequel ?

Controverse

En fait, l'incertitude qui règne sur l'étiologie des tumeurs mammaires réapparaît quand on passe au crible les résultats thérapeutiques obtenus.

D'une façon générale, les chirurgiens effectuent, outre l'exérèse de la tumeur, un curage très minutieux de la chaîne interne des ganglions lymphatiques suspects de favoriser les métastases. Il est maintenant admis que l'on doit renoncer à une chirurgie aussi large. Divers praticiens estiment que certains de ces ganglions peuvent être, au contraire, des môles de défense s'opposant à la diffusion cancéreuse ; il importe de les différencier des ganglions envahis, afin de les conserver.