Le premier, et le plus timide, c'est celui du fantastique ; avec Trompe-l'œil de Claude d'Anna, malheureusement passé presque inaperçu, Les autres d'Hugo Santiago, La femme aux bottes rouges de Juan Buñuel, où Catherine Deneuve joue les sorcières de charme, et même Dites-le avec des fleurs, injustement décrié, de Pierre Grimblat, le cinéma français a fait cette année une incursion heureuse dans un domaine qui lui demeurait étranger.

Le second, d'autant plus courageux qu'il ne va pas dans le sens de la facilité commerciale, c'est l'exploration de l'aliénation mentale. Une tendance que la sélection d'Aloïse, premier film de Liliane de Kermadec, pour le Festival de Cannes consacre officiellement. Aloïse, c'est une jeune gouvernante suisse qui a passé quarante ans de sa vie dans un asile d'aliénés, y a dessiné de foisonnants tableaux colorés, aujourd'hui exposés à Lausanne, et y est morte. Aloïse, c'est aussi ici Delphine Seyrig, admirable, et que l'on retrouve dans deux autres films mettant également en scène des personnages jugés par les autres anormaux : Le jardin qui bascule de Guy Gilles et India Song de Marguerite Duras. À citer encore, dans la même inspiration, Pauline s'en va d'André Téchiné, avec Bulle Ogier, Histoire de Paul de René Féret, et le film réalisé pour la télévision par Guy Seligman sur l'expérience de Maud Mannoni, Vivre à Bonneuil.

Fantastique et anormalité se retrouvent dans Le fantôme de la liberté du vieux mais ici très potache maître Luis Buñuel. Un film qui a partagé le public, mais qui l'a aussi attiré en grand nombre. Est-ce du grand Buñuel ? Est-ce un pastiche malicieux ? On en a, en tout cas, beaucoup parlé.

Beaucoup plus que d'un film-fleuve plein de charme où Jacques Rivette a laissé son imagination et celle de ses deux interprètes, Dominique Labourier et Juliet Berto, vagabonder à son aise : Céline et Julie vont en bateau. Les Français sont-ils trop cartésiens ? Sont-ils, aussi, trop rationalistes pour avoir boudé le dernier film de Jacques Tati, Parade ? Il est vrai qu'il s'agissait d'un film tourné pour la télévision (avec des capitaux suédois), puisque Jacques Tati, en France, ne peut plus travailler. Et que le cirque, ici très poétisé par Tati, n'attire plus les foules.

Des foules que continue à mépriser, tout à son cinématographe de plus en plus dépouillé, Robert Bresson. Son Lancelot du lac, d'une incomparable beauté plastique, a plus souvent irrité que séduit. Comme d'habitude.

Car, tous comptes faits, si le cinéma évolue et s'enrichit sans cesse de recherches nouvelles, le public, lui, reste aussi stable dans ses goûts que dans son assiduité auprès des salles obscures. Il n'aime pas qu'on lui complique la vie. Rire, avoir peur, se retrouver sous des traits si possible pas trop noircis et, aujourd'hui, aller voir parfois en famille quelques scènes libertines : tels sont bien, semble-t-il, les désirs des spectateurs. Aux réalisateurs d'en faire de bons films. Ils ont, cette année, souvent réussi.

Statistiques 1974

– Production : 234 films, dont 182 sont français et 45 des coproductions à majorité française. Soit une augmentation de 17 % par rapport à 1973.

– Spectateurs : 178,5 millions. En augmentation de 2,84 % par rapport à 1973.

– Recettes : 1 352,626 millions de francs. En hausse de 16,90 % par rapport à 1973.

– Premières œuvres : 38 réalisateurs français ont tourné leur premier long métrage en 1974.

– Courts métrages : 263 (contre 254 en 1973).

– Salles : 4 224, contre 4 250 en 1973. Diminution également du nombre des fauteuils : 1 813 024, contre 1 870 770 en 1973.

– Salles classées art et essai : 605 (contre 495 en 1973).

États-Unis

Un raz de marée nous vient d'outre-Atlantique : le film-catastrophe. Catastrophe naturelle : Tremblement de terre, de Mark Robson, qui engloutit, sans lésiner sur les maquettes, la ville entière de Los Angeles et, jouant avec les infrasons, vrille les tympans du spectateur – mais, contrairement à la publicité, ne va pas jusqu'à ébranler son fauteuil.