Les jeunes metteurs en scène s'attachent davantage que leurs aines à la réalité contemporaine quotidienne. Jean-Daniel Pollet, avec Il pleut toujours où c'est mouillé, fait le récit d'une campagne électorale dans un petit village du Sud-Ouest. Eric Le Hung, dans La rage au poing, tente d'expliquer la vague de banditisme qui gagne les jeunes banlieusards. Philippe Condroyer dans La coupe à dix francs s'inspire d'un fait divers réel, où un jeune garçon se fait brûler vif parce que son patron exige qu'il coupe ses cheveux longs.

Marginaux

Moins engagés, plus souriants, mais tentant également de traduire le désarroi de la jeunesse, il faut encore citer Le voyage d'Amélie, de Daniel Duval, Les doigts dans la tête de Jacques Doillon, déjà coauteur naguère de L'an 01, et surtout le délicieux Lily aime-moi de Maurice Dugowson, où, aux côtés d'un excellent Rufus et d'un irrésistible Patrick Dewaere, on découvre la tendresse lunaire du dessinateur Folon qui y incarne un journaliste. À signaler aussi l'émouvante Chaise vide de Pierre Jallaud, avec le chanteur Maxime Le Forestier, le maladroit Thomas de Jean-François Dion, et la sympathique Soupe froide de Robert Pouret.

Beaucoup plus grinçant, Ce cher Victor, premier film de Robin Davis, donne à Jacques Dufilho et Bernard Blier l'occasion d'un bel affrontement de vieillards haineux. Mais, sélectionné pour Cannes, il souffre d'avoir été confronté à des œuvres plus puissantes.

Enfin, quatre films marginaux ont été quatre déceptions : le Tabarnac de Claude Faraldo, qui n'évoque en rien son excellent Bof, et les premières incursions cinématographiques du Magic Circus de Jérôme Savary (Le boucher, la star, l'orpheline), du Big Bazar de Michel Fugain (Un jour, la fête) et de Sotha, réalisatrice avec ses amis du café de la Gare d'Au long de la rivière Fango.

Du côté du cinéma plus grand public, on retrouve le nom déjà connu de Bertrand Tavernier. Après L'horloger de Saint-Paul, qui avait fait l'unanimité de la critique et du public, B. Tavernier aborde le film historique avec Que la fête commence, une évocation de la Régence. Admirablement jouée par Jean Rochefort, Philippe Noiret et Jean-Pierre Marielle, trois complices qui décidément tiennent à juste titre le haut du pavé au box-office, cette œuvre brillante et un tantinet racoleuse déçoit un peu qui avait aimé la rigueur et la force du premier film de Tavernier. Mais le public lui fait fête.

Échecs

Il boude en revanche le film, très austère, de Jean Eustache, Mes petites amoureuses. Échec injustifié d'un réalisateur qui avait déchaîné les passions avec La maman et la putain. Échec aussi, celui-là plus explicable, malgré la présence au générique de Catherine Deneuve et Bernadette Lafont, du Zig-Zig au sordide loufoque de Laszlo Szabo.

Échec toujours, par rapport du moins à leurs succès précédents, pour quelques vieux routiers que l'inspiration a cette année boudés : Jean-Pierre Chabrol n'a convaincu ni avec Une partie de plaisir ni avec Les innocents aux mains sales, où Romy Schneider, pourtant, est bien belle. Michel Boisrond a eu la main très lourde dans Dis-moi que tu m'aimes. André Cayatte, dans Verdict, a continué, mais avec trop de mélodrame, sa dénonciation de la justice ; Jean-Pierre Mocky a librement adapté un roman d'Horace Mc Coy, Un linceul n'a pas de poches, pour stipendier avec sa véhémence d'anarchiste la presse d'aujourd'hui qu'il estime pourrie. Claude Lelouch, déçu par l'accueil fait l'an dernier à sa superproduction Toute une vie, a joué honnêtement, mais un peu platement, la carte de la sobriété dans un film à deux personnages et minibudget, Mariage, avec Rufus et Bulle Ogier. Claude Berry s'est fourvoyé en voulant mêler, dans Le mâle du siècle, le problème de la prise d'otages et celui de la libération de la femme, le tout sur un mode humoristique.

Alain Robbe-Grillet continue de jouer avec ses fantasmes dans le Jeu avec le feu, et Vadim, de plus en plus sombrement, avec les siens dans La jeune fille assassinée. Tout aussi érotiques, mais d'une incontestable beauté plastique, les Contes immoraux de Walerian Borowczyk ont eux, en revanche, attiré largement un public que cet esthétisme a sans doute dédouané. Enfin, avec Le chaud lapin, beaucoup plus pudique que son titre ne le laissait entendre, Pascal Thomas confirme son succès commercial. Humour, violence, érotisme et photographie psychologique de la vie quotidienne : tels sont donc encore les pivots du cinéma français.

Nouvelles tendances

Mais à côté, cette saison, deux courants nouveaux se dessinent.