Cette tendance à l'occidentalisation touche aussi la littérature. Tout au moins érotique. Pour la première fois, en effet, les Moscovites, qui n'ont jamais pu lire de revues comme Playboy (systématiquement saisies à la frontière), trouvent en librairie le premier ouvrage scientifique illustré sur la sexualité. Et se l'arrachent. Ils y lisent, entre autres, que le pourcentage des femmes frigides est nettement inférieur en URSS à ce qu'il est en Occident.

Le prochain plan quinquennal se caractérise par deux grandes options : élévation du niveau de vie et production accrue des objets de consommation. On y note aussi cette volonté de plus en plus marquée de coopérer avec l'Ouest. Autant d'éléments en corrélation directe avec la hausse générale des prix de l'énergie.

L'indiscipline du Sud

Des poussées nationalistes apparaissent de plus en plus dans les républiques soviétiques méridionales de Géorgie et d'Arménie. La volonté de russification se heurte à des civilisations plus que millénaires, à des tempéraments et des coutumes nettement méditerranéens. En Géorgie, la reprise en main se traduit notamment par des limogeages et des exclusions du PC. Depuis 1972, des milliers de personnes seraient arrêtées pour corruption. En Arménie, le premier secrétaire du Parti est libéré de ses fonctions. Les purges opérées par son remplaçant se font au nom de la discipline du travail et du patriotisme soviétique.

Pétrole

L'Union soviétique est l'un des premiers pays exportateurs de matières premières.

La flambée des prix de l'or noir ou du bois continue de lui procurer des rentrées substantielles de devises. D'autant que, contrairement à ce qui était la règle jusqu'alors au sein du COMECON (Communauté économique de 9 pays du bloc soviétique), l'URSS impose, à la fin de 1974, des prix révisables chaque année au lieu des « prix fixes quinquennaux » jusqu'alors pratiqués. Prix qui permettaient aux pays frères non producteurs de matières premières d'échapper aux fluctuations des marchés mondiaux. Ainsi les prix des matières soviétiques livrées à ses 8 associés ont augmenté en moyenne de 52 % et de 130 % pour le pétrole, provoquant chez les associés un mécontentement certain.

Dans le même temps, le Comité central du PCUS demande aux travailleurs d'« économiser les matières premières, les carburants, l'énergie électrique, le métal », et décide de faire un plus grand usage du charbon dans les centrales électriques afin de réserver davantage de pétrole et de gaz naturel à la pétrochimie et à l'exportation.

Profitant de cette crise générale du capitalisme qui annonce, selon les théoriciens soviétiques, « le triomphe dans le monde entier des idées marxistes-léninistes», l'URSS joue à fond l'inflation, qui lui permet d'acheter en Occident deux fois plus d'usines en vendant les mêmes quantités de métaux ou de pâtes à papier. En 1974, le commerce de l'URSS avec les pays capitalistes a représenté 31 % de ses échanges contre 27 % en 1973, 23 % en 1972.

La fuite en avant des prix occidentaux lui permet aussi de réaliser d'excellentes opérations en empruntant des capitaux à l'Ouest à des taux de 5 à 8 % sur des périodes pouvant atteindre quinze ans. En avril, par exemple, la Banque pour le commerce extérieur de l'Union soviétique (qui a fêté cette année avec éclat son 50e anniversaire) a lancé un emprunt de 260 millions de dollars sur le marché de l'euro-dollar. À la tête du consortium international créé à cette occasion : la banque Lazard frères et Cie.

Équipements

L'économie intérieure a été caractérisée en 1974 par l'augmentation notable de la production industrielle : 8 %, alors que le Plan ne prévoyait qu'une augmentation de 6,8. Compte tenu de cette accélération, les autorités se sont fixé pour objectif en 1975 un rythme moindre : 6,7 % contre les 8,8 % prévus par le Plan. Mais elle aura également été marquée par une production agricole moindre. La récolte de blé, notamment, n'est que de 195,5 millions de tonnes contre 205,6 millions attendues. Ce qui serait en partie dû au printemps humide qui a retardé les semailles en Sibérie et au Kazakhstan, et qui explique les commandes de céréales passées aux États-Unis.