Malheureusement, la veille même où il recevait les représentants des Indépendants et ceux des classes moyennes, le gouvernement annonçait un blocage général des prix pour une période de deux mois. Les commerçants, les artisans et les petits industriels s'estiment victimes de cette mesure qui ne leur permet pas de répercuter dans leurs prix de vente les augmentations de prix des produits ou des articles.

À vrai dire, personne n'admet la mesure prise par le gouvernement. Seul le syndicat chrétien s'en accommode, tout en regrettant qu'elle soit intervenue avec autant de retard et qu'elle soit d'aussi courte durée. La FGTB dit clairement que, pour elle, il s'agit d'un miroir aux alouettes et que ce blocage des prix servira de prétexte à un blocage ultérieur des salaires. André Oleffe, ministre des Affaires économiques, déclare « que l'arrêté qu'il a pris a pour but de faire réfléchir les Belges ».

Personne ne croit aux vertus de cette mesure de caractère psychologique et, de plus, on soupçonne fort le gouvernement de se livrer à une opération politique de soutien au syndicat chrétien en pleine période d'élections sociales pour le renouvellement des conseils d'entreprise et des comités de sécurité et d'hygiène.

De nombreux commentateurs soulignent le fait que cet arrêté a été signé au moment où les deux grands syndicats de travailleurs se trouvent en concurrence aux élections. Le gouvernement appuierait ainsi « son » syndicat chrétien au détriment du syndicat socialiste lié au PSB, parti d'opposition. D'autre part, le gouvernement ferait mieux passer les mesures prises en faveur des classes moyennes sur le plan social. Nombreux, enfin, sont ceux qui craignent une nouvelle montée subite des prix dès le moment où la mesure de blocage arrivera à son terme.

Parmi les travailleurs du secteur privé, la crainte est plus vive que le mécontentement. Le chômage a pris, au cours des derniers mois, une allure inquiétante : il y avait, en novembre 1974, quelque 125 000 chômeurs, et ce chiffre est passé à plus de 160 000 à la fin d'avril 1975. Comme on ne dispose pas de statistiques pour les chômeurs partiels, certains laissent entendre qu'en réalité le pays compte 300 000 chômeurs sur une population active d'environ 4 millions de personnes.

La Belgique a le taux de chômage le plus élevé des pays du Marché commun, à l'exception du Danemark. De nombreuses entreprises ont dû se résoudre à pratiquer un chômage technique. Le patronat fait valoir avec force que tout accroissement nouveau de charges salariales constituerait un danger pour l'économie nationale. Les prix des produits belges ne pourraient plus être concurrentiels et l'économie du pays est essentiellement axée sur l'exportation.

Mesures de relance

Le gouvernement ne peut pas faire grand-chose pour aider le monde économique à traverser la crise. Et pourrait-il intervenir efficacement qu'il devrait le faire avec prudence dès lors qu'il s'agit de cette variété d'inflation qu'on appelle stagflation : une montée des prix qui se conjugue avec une baisse de production.

Pour lutter contre la hausse des prix, le gouvernement n'a pas seulement pris l'arrêté de blocage dont il a été fait mention. Il a également fait voter une loi limitant, suivant un mécanisme relativement compliqué, les augmentations des loyers.

Mais le gouvernement doit, en même temps qu'il lutte contre l'inflation, prendre des mesures de relance économique. Il l'a fait déjà dans le secteur public en débloquant des crédits pour permettre une série de travaux. Il a pris des mesures d'encouragement à la construction de logements sociaux. À la fin du mois d'avril, le moment semblait venu pour prendre des mesures propres à encourager les investissements privés. De fait, il était temps, car les investissements étaient pratiquement arrêtés. La Société nationale de crédit à l'industrie (SNCI) a été forcée de placer des avoirs inemployés, et sa trésorerie, c'est-à-dire les capitaux disponibles, représentait plus de 15 % de ses moyens d'action. La SNCI a réduit de 10,75 à 10,25 le taux d'intérêt qu'elle pratique.