Aujourd'hui, la Wallonie considère que l'industrialisation de la région anversoise se fait au détriment de la relance économique du sud du pays. Les Wallons considèrent leur eau comme une richesse régionale dont on ne peut disposer qu'en offrant une compensation. Sous forme d'une aide régionale accrue, par exemple.

Les Wallons ne sont guère disposés à se contenter d'une répartition des crédits aux zones de développement sur la base de 44,5 % pour la Wallonie et 55,5 % pour la Flandre. Voilà encore un motif d'épreuves de force au sein du gouvernement.

Mécontentement

La situation inflationniste de l'économie n'est guère propice à une satisfaction générale. Il se manifeste, tout au contraire, un climat de mécontentement dans toutes les couches de la population. Depuis les chefs d'entreprise qui se sentent menacés par l'augmentation du prix des matières premières et l'accroissement des charges salariales jusqu'aux pensionnés dont le pouvoir d'achat diminue sensiblement, en passant par les travailleurs des secteurs public et privé qui se plaignent de la cherté de la vie.

Les agents de l'État, des provinces et des communes sont sans aucun doute les moins à plaindre : ils connaissent une sécurité d'emploi que leur envient les travailleurs du secteur privé, ils sont mieux rémunérés que ces derniers aux niveaux inférieurs de la hiérarchie, ils jouissent d'une série d'avantages et ne sont pas, en général, écrasés par le travail.

Les agents des communes bruxelloises ont néanmoins manifesté dans les rues de la capitale. Ils entendaient protester contre la lenteur dont fait preuve le gouvernement dans l'application de l'accord passé avec les syndicats il y a quelques mois, accord qui porte sur une revalorisation de leur barème d'environ 10 % et sur l'harmonisation de certaines rémunérations.

Les enseignants eux aussi sont mécontents. Le gouvernement précédent avait passé avec leurs syndicats un accord suivant lequel les prestations supplémentaires des membres du corps enseignant (toutes les tâches en dehors des heures de cours) seraient honorées.

Les ministres actuels de l'Éducation nationale, Antoine Humblet et Herman De Croo, constatent que la simple exécution de cet accord coûterait la bagatelle de 800 millions de francs belges par an. Ils ont envoyé aux chefs d'établissements une circulaire précisant que les professeurs seraient rémunérés sur la base d'une prestation de 1 560 minutes par semaine, comprenant les tâches annexes.

La réaction ne s'est pas fait attendre. D'autant plus que les enseignants font valoir une série d'autres revendications, et notamment le dédoublement des classes surpeuplées, la révision de certaines normes et une meilleure rémunération pour les institutrices des écoles maternelles et les éducateurs. Un mouvement de grève est déclenché le 23 mai 1975. Les ministres affirment que les concessions qu'ils ont faites représentent une dépense de 1,7 milliard de francs belges pour 1976.

Au niveau des universités, la situation n'est guère brillante. Le gouvernement serre les cordons de la bourse. Il faut croire qu'il les a serrés un peu trop fort, puisque l'université de Liège affirme que si la situation n'est pas modifiée elle devra licencier 1 100 personnes, dont 200 membres du personnel scientifique et 900 membres du personnel administratif et technique.

L'université libre de Bruxelles, elle, a tout simplement assigné l'État devant le tribunal de première instance. Elle a perçu moins du tiers de la somme attendue : 394 millions au lieu de 1 424 millions ! Il ne fait pas bon revendiquer une place de chercheur en ce moment !

Les travailleurs des classes moyennes (essentiellement les commerçants et artisans) descendent également dans la rue. Ils ont cependant bien des motifs d'être satisfaits de la manière dont le gouvernement a répondu à leur cahier de revendications. Le gouvernement s'est engagé à déposer un projet relatif au travail exécuté en fraude par des chômeurs ou des pensionnés qui prennent ainsi la place des professionnels. Il prévoit un allégement des cotisations sociales pour les petites entreprises qui utilisent une main-d'œuvre nombreuse. Il envisage la suppression de certaines opérations comptables et doit faire voter un projet de loi contrôlant les implantations des grandes surfaces de vente.