Le SPD a craint longtemps que le gouvernement de Rhénanie-Westphalie lui échappe. Les conséquences pour la coalition de Bonn auraient été graves. D'une part, la démocratie chrétienne aurait élargi sa majorité à la chambre des États ; d'autre part, elle aurait montré, en vue des élections législatives de 1976, qu'elle pouvait obtenir, seule, la majorité absolue contre les sociaux-démocrates et les libéraux alliés. Mais au début du printemps, en sollicitant quelque peu les statistiques, le gouvernement, pour s'attacher les électeurs populaires, laisse croire que la reprise économique est proche. Le partage des rôles entre le chancelier Schmidt et W. Brandt, président du SPD, porte ses fruits. Le premier rassure les centristes, le second incarne toujours pour la gauche la volonté réformatrice.

Les élections régionales, véritable prélude aux élections législatives, apportent à la démocratie chrétienne à la fois des sujets de satisfaction et d'inquiétude. Elle gagne des voix dans toutes les consultations (sauf au Schleswig-Holstein) sans parvenir une seule fois à remplacer une coalition libérale-socialiste. Les tiraillements entre les deux partis frères de la démocratie chrétienne, l'Union chrétienne démocrate (CDU) et l'Union chrétienne sociale de Bavière (CSU), liée à la désignation du candidat à la chancellerie, pèsent sur le travail de l'opposition.

Franz Josef Strauss, chef de la CSU, apparaît comme l'homme fort de la démocratie chrétienne. Partout où il passe, il draine la foule des admirateurs ou des simples curieux. Ce démocrate musclé prône l'affrontement total avec la coalition libérale-socialiste, contrairement au président de la CDU, Helmut Kohl, partisan d'une ligne plus modérée. F.J. Strauss cherche des alliés pour devenir le véritable chef de l'opposition et obtenir l'investiture chrétienne-démocrate pour la candidature à la chancellerie.

Partisan de la politique du pire, il gaspille toutefois ses meilleurs atouts par ses extravagances verbales et doit s'incliner devant H. Kohl, qui est élu, le 23 juin 1974, candidat de l'opposition à la chancellerie par le congrès de la CDU.

Parce qu'ils ont relativement mieux résisté que leurs partenaires à la crise pétrolière, les Allemands se retrouvent dans la position inconfortable de financiers de l'Europe. En refusant le 25 septembre la hausse des prix agricoles décidée à Bruxelles, H. Schmidt provoque une crise européenne et une crise des relations franco-allemandes. Par ce geste, il veut démontrer que la République fédérale n'est plus disposée à payer pour se faire accepter dans la Communauté européenne. Cependant l'amitié réciproque que se portent H. Schmidt et V. Giscard d'Estaing, manifestée par leurs nombreuses conversations téléphoniques, permet d'améliorer la coopération entre les deux pays en Europe, et place le chancelier en position de jouer les intermédiaires entre la France et les États-Unis. Un des derniers problèmes bilatéraux entre la France et l'Allemagne est réglé le 30 janvier 1975 avec la ratification par le Bundestag de la convention sur la poursuite des criminels de guerre nazis.

Terrorisme

Le procès du noyau dur du groupe Baader-Meinhof s'ouvre le 21 mai 1975 à Stuttgart-Stammheim, dans un bâtiment construit spécialement à cet effet pour 12 millions de DM. Dès la première audience, le procès est ajourné au 30 mai. Quatre prévenus sont dans le box des accusés : Andréas Baader, Ulrike Meinhof, Gudrun Ensslin, Carl-Jan Raspe, qui, de 1970 à 1972, ont défrayé la chronique policière. Ils sont considérés comme les chefs de la Fraction armée rouge et accusés de 5 meurtres, 54 tentatives de meurtre, plusieurs attaques à main armée et attentats à l'explosif.

Le cinquième du noyau dur de la bande à Baader, Holger Meins, meurt le 9 novembre 1974 dans la prison de Wittlich, à la suite d'une grève de la faim commencée le 13 septembre et suivie par tous les prisonniers du groupe pour protester contre leurs conditions de détention. Ils accusent les autorités de pratiquer sur eux « la torture par isolement » pour les empêcher de se défendre politiquement devant leurs juges. Le 4 décembre, ils reçoivent le soutien de Jean-Paul Sartre, qui rend visite en prison à Andreas Baader.