Des valeurs sûres comme Claude Lelouch ou même Philippe Labro ont commis des bévues. Le premier, avec Toute une vie, œuvre d'une grande ambition, a connu un accueil réservé au Festival de Cannes ; Philippe Labro, dans Le hasard et la violence, a péché par excès de confiance et s'est fourvoyé dans la vaine élégance et les traquenards de la belle image. Avec Le pélican de Blain, les films les plus réussis de l'année ont été signés Jacques Rivette (Out one : spectre), qui a proposé au public une version écourtée de sa fresque très personnelle dont la durée initiale dépassait les dix heures de projection ; Michel Drach (Les violons du bal), qui a ressuscité le temps douloureux de l'Occupation en racontant les malheurs d'une famille juive et donné une dimension supplémentaire au scénario en insérant dans son film les difficultés éprouvées par un metteur en scène en 1973 pour intéresser un producteur à un tel sujet ; Roland Topor et René Laloux, avec La planète sauvage, remarquable dessin animé de long métrage, et surtout Louis Malle, avec Lacombe Lucien.

Opinions

Adroitement secondé par le romancier Patrick Modiano, Malle a tourné un film qui a défrayé la chronique par l'audace et l'ambiguïté de son propos. Les thèses les plus diverses ont été avancées, contredites, détournées de leur but initial, récupérées par des idéologies très composites. Lacombe Lucien (ou comment on devient milicien malgré [?] soi) a eu au moins le mérite de réveiller les opinions. Partisans et adversaires, en se déchirant, ont prouvé que le tir de Louis Malle était bien ajusté. Tout aussi discuté a été le Stavisky d'Alain Resnais. D'aucuns ont reproché au réalisateur (dont c'était la grande rentrée cinématographique) d'avoir davantage brossé le portrait d'un aventurier que dévoilé les implications troubles et troublantes d'une affaire essentiellement politique. Malgré les importantes réserves que l'on peut faire, le dernier Resnais est tout de même une démonstration, superficielle peut-être mais néanmoins brillante, d'un cinéaste-né qui non seulement sait construire un film, mais encore et surtout le structurer sans avoir recours à des procédés plus ou moins honnêtes.

À l'écart des circuits commerciaux, un autre film a beaucoup fait parler de lui. Histoire d'A, de Charles Belmont, est un cri sincère et courageux dénonçant les méfaits de la loi actuellement en vigueur sur l'avortement et soulignant au passage les injustices sociales et les drames qui en découlent.

États-Unis

Le cinéma américain, en s'abandonnant avec délice aux charmes nostalgiques de son proche passé, a lancé un peu partout dans le monde la vogue des films rétro. Une vogue qui parfois a pris les apparences d'une curieuse épidémie. Robert Mulligan (Un été 42), Peter Bogdanovich (La dernière séance), Francis Ford Coppola (Le parrain) avaient donné le ton, les saisons précédentes. Le relais a été repris avec panache et conviction par George Roy Hill, Robert Altman, Sydney Pollack, Georges Lucas, Martin Scorsese, quelques-uns des cinéastes les plus brillants. Ce qui paraît laborieux et trop proche de la décalcomanie pure et simple chez Bogdanovich (Paper Moon) est au contraire constamment subtil et inventif chez Robert Altman, qui ressuscite, dans Le privé, le personnage de Philip Marlowe inventé par le romancier Raymond Chandler et interprété à l'écran par l'inoubliable Humphrey Bogart. Mais Eliott Gould se montre digne de son illustre modèle et donne même au célèbre détective non conformiste une dimension nouvelle, toute de décontraction et d'humour corrosif. Avec le même bonheur, Altman reprend, dans Nous sommes tous des voleurs, les grandes lignes du roman d'Edward Anderson, qui avait déjà fait l'objet d'une brillante adaptation cinématographique en 1949, grâce à Nicholas Ray, sous le titre Les amants de la nuit. Nous ne quittons pas les années 30, marquées par les incidences de la grande répression économique, l'apogée du gangstérisme, l'utopie rooseveltienne, avec L'arnaque de George Roy Hill. Couvert d'oscars, le film devait remporter un peu partout un immense succès populaire. Cette chronique très impertinente de l'escroquerie avait, il est vrai, beaucoup d'atouts dans son jeu : une mise en scène alerte et malicieuse, signée par le réalisateur de Butch Cassidy et le Kid, et un époustouflant two-men-show de Robert Redford et Paul Newman, les deux acteurs les plus populaires du moment et sans doute aussi les meilleurs. On retrouve Robert Redford dans un superbe mélodrame de Sydney Pollack, Nos plus belles années. Cette évocation poignante des amours contrariées d'un jeune écrivain comblé (un portrait très fitzgéraldien) et d'une jeune militante communiste (Barbara Streisand joue son rôle avec un brio stupéfiant) permet à Pollack d'aborder divers problèmes sociaux et politiques (notamment les conséquences du maccartisme à l'orée des années 50). Martin Scorsese, dans Bertha Boxcar, se penche également sur la période de la grande dépression en suivant le destin d'une jeune fermière de l'Arkansas entraînée par le jeu de la misère et du chômage dans le tourbillon, d'une révolte sans issue. Quant à George Lucas, il rend vie, dans American Graffiti, aux folles années du rock and roll, dont l'apogée se situe au début des années 60.

Suprématie

Dans son ensemble, le cinéma américain se porte bien. Les anciens paraissent plus jeunes et plus enthousiastes que jamais : la preuve en est donnée par John Huston, qui tourne beaucoup et toujours avec le même talent (Juge et hors-la-loi, Le piège), mais aussi Billy Wilder (Avanti), voire par Robert Aldrich (Fureur apache, L'empereur du Nord).