Musiques du siècle de l'électronique faisant appel à des instruments très sophistiqués, synthétiseurs et bandes magnétiques trafiquées.

Si toutes ces expériences d'avant-garde semblent particulièrement plaire au public français, il n'en reste pas moins attaché aux formes plus traditionnelles du rock.

Lorsque l'on consulte les référendums organisés par les différentes revues spécialisées, on constate que ce sont toujours les mêmes noms qui reviennent en tête depuis quatre ou cinq ans : Who (mars à Paris), Rolling Stones (octobre à Bruxelles), Pink Floyd, autant de groupes nés dans les années 1960, et qui font preuve aujourd'hui d'un professionnalisme irréprochable, dénué parfois de tout contenu émotionnel.

Les Stones occupent cependant une place à part. Ils existent depuis plus de dix ans, ce qui est déjà une belle performance dans ce monde où règne l'éphémère. Ils ont toujours incarné une certaine forme de révolte profonde, irrécupérable, et qui leur attire la sympathie d'une grande partie du public jeune.

Pour que la morale ne finisse pas par triompher avec son arsenal de David Cassidy ou d'Osmond Brothers, le rock aura encore longtemps besoin des Rolling Stones et de leurs semblables.

Courant

D'ailleurs, ils font des petits un peu partout sur la planète. Cette année aura vu le triomphe de l'un d'eux, les New York Dolls (à Paris en décembre). Enfants naturels de Lou Reed et de Mick Jagger, ils incarnent très exactement ce qu'aucune famille ordinaire ne saurait tolérer chez elle : garçons aux mines d'anges déchus, affectant des allures hermaphrodites, mimant la débauche et consommant force bouteilles de Grand Marnier.

Les Dolls représentent un courant très important dans le monde de la musique américaine. Produit destiné à une consommation de masse, elle se plie aux impératifs commandés par les motivations d'achat des jeunes. Il en est ainsi depuis très longtemps.

Un autre groupe new-yorkais a façonné son image de marque autour de thèmes extraterrestres ou Science Fiction, mélange de George Orwell et de Stanley Kubrick.

Blue Oyster Cult veut ainsi réveiller les pulsions endormies, susciter des émotions, faire fonctionner le psychisme de ses auditeurs dans un sens constructif.

Fantasmes

New York, un moment détrônée par Los Angeles et San Francisco, est redevenue la grande capitale du rock. Les murs de Metropolis appellent une musique qui leur ressemble, acier, béton, verre teinté qui renvoie les rayons du soleil en reflets menaçants.

Deux hommes semblent dominer la scène, lui donner une âme, une signification : Lou Reed et Todd Rundgren. Le premier (à Paris en septembre et mai) est un auteur prolifique à qui l'on doit la plupart des grands succès d'un groupe légendaire aujourd'hui disparu : le Velvet Underground.

Le personnage de Reed lui-même incarne un certain univers décadent, rescapé sans illusions de la grande mutation des années 60 et annonciateur d'un retour du romantisme.

Rundgren, quant à lui, est l'un des nouveaux personnages créés par le développement de l'industrie du rock, homme à tout faire, si possible dans le génie. Musicien, parolier, producteur (les Dolls entre autres), il sent les courants, sait exactement quand et comment sortir tel ou tel groupe, quelle image adopter pour lui-même et ses semblables.

Nostalgie

D'autres ont emprunté les mêmes voies avec un égal bonheur en Angleterre. Tels sont les créateurs de Roxy Music, Bryan Ferry et Eno (aujourd'hui séparés). On peut, bien sûr, taxer Ferry d'opportunisme lorsqu'il profite de la vogue de la nostalgie pour les années 60 et enregistre des vieux morceaux de Dylan ou Leiber et Stoller.

Commercialement, c'est une réussite. Une prestation scénique de grande qualité (Paris, en décembre) confirme la justesse de ses vues et l'originalité de ses conceptions.

La voie choisie par Eno diffère quelque peu. C'est sans doute pourquoi il dut quitter Roxy Music. Plus concerné par l'électroacoustique moderne et les sonorités étranges qu'elle peut produire, il s'est associé à l'élite des musiciens anglais pour réaliser des œuvres où l'on retrouve l'influence des pères de la musique contemporaine (John Cage, Stockhausen et Riley) croisée avec un rock de facture parfois très classique.