Les réserves prouvées de pétrole ne sont certainement pas les ultimes données de l'écorce terrestre : les compagnies pétrolières n'ont pas intérêt, une fois reconnus les gisements nécessaires pour les quinze ou vingt prochaines années d'exploitation, à pousser plus loin les recherches, qui sont fort coûteuses ; en fait, on a toujours trouvé jusqu'à présent le pétrole dont on avait besoin. Les réserves prouvées représentent donc un chiffre minimal (bien que toute évaluation au-delà reste aléatoire).

Disproportion

À l'inverse, les réserves de charbon sont géologiquement bien connues, donc peu susceptibles de révision, et une partie correspond à des gisements profonds ou à des veines minces, qu'il ne sera probablement jamais économique d'exploiter. La disproportion entre le capital pétrole et le capital charbon de la planète est sans doute moins lourde qu'il n'apparaît. Il reste que le pétrole se fera rare bien avant le charbon.

Charbon et pétrole, cependant, ne sont pas les seuls concurrents en lice. Pour s'en tenir aux énergies fossiles, il existe des réserves énormes (au moins égales aux réserves de pétrole libre) de pétrole inclus dans des sables ou des schistes, qui n'ont jamais donné lieu à une exploitation importante. Cette exploitation n'est pas facile : il faut extraire la roche par des techniques minières, puis la distiller pour en tirer l'huile ; mais aux prix actuels de l'énergie elle est sans doute rentable, et son développement est sérieusement envisagé.

L'inconvénient, avec les énergies fossiles, est que les réserves ne se situent pas forcément dans les pays qui en ont le plus besoin ; leur mise en œuvre peut donc soulever des problèmes politiques, comme on l'a vu avec le pétrole du Moyen-Orient. Les principales réserves de charbon se trouvent en URSS, aux États-Unis et en Chine ; les réserves connues de roches bitumineuses aux États-Unis, au Canada et au Brésil. Politiquement, les deux superpuissances mondiales, États-Unis et URSS, disposent donc des ressources énergétiques nécessaires non seulement pour satisfaire leurs propres besoins, comme elles l'ont fait jusqu'à présent, mais pour exporter vers les autres pays consommateurs.

La Chine a sans doute également dans ses vastes territoires de quoi nourrir son développement futur. L'Europe, en revanche (malgré le pétrole de la mer du Nord, utile mais insuffisant pour ses besoins), et surtout le Japon resteront donc tributaires de l'étranger pour les énergies fossiles.

L'énergie nucléaire ne présente pas cet inconvénient (l'uranium est beaucoup plus largement réparti dans le monde). Techniquement, son utilisation est au point dans tous les pays disposant d'une technologie avancée ; économiquement, elle est désormais nettement plus avantageuse que le pétrole. Elle est donc assurée maintenant d'un développement rapide, notamment en Europe. Elle est sujette, cependant, à deux limitations :
– au plan économique, du fait des énormes investissements nécessaires (une centrale atomique coûte très cher à construire, mais les frais ultérieurs de fonctionnement sont faibles) ;
– au plan technique, du fait qu'elle est consommée sous forme d'électricité, et que celle-ci ne peut satisfaire à toute la variété des besoins d'énergie (pour les transports, par exemple).

Quant aux énergies solaire ou géothermique, les techniques existantes ne leur ouvrent que des emplois limités (principalement pour le chauffage des locaux).

Évolution

Ces données de base étant précisées, comment le marché de l'énergie va-t-il évoluer désormais ?

À court terme, c'est-à-dire d'ici à 1985 environ, les jeux sont déjà faits : étant donné l'énormité des besoins, et compte tenu des délais et des capitaux nécessaires pour développer à grande échelle les énergies nouvelles (schistes, atome), il ne faut pas s'attendre à une modification profonde des plans existants. L'essentiel des besoins nouveaux devra être demandé, quel qu'en soit le prix, aux hydrocarbures (principalement le pétrole, accessoirement le gaz naturel). Les ressources connues permettront d'y répondre sans difficultés autres que politiques ou financières. Le charbon, essentiellement américain (la production américaine devrait passer de 0,6 milliard de tonnes actuellement à 1,5 ou 1,8 milliard en 1985), peut-être chinois, apportera un renfort appréciable, ainsi que l'énergie atomique, mais celle-ci ne couvrira encore que 10 % des besoins totaux, contre 50 % pour le pétrole.