Le 24 novembre 1973, enfin, Brian Faulkner, le leader unioniste officiel, accepte le poste de président de l'Exécutif. Gerry Fitt, leader du SDLP, celui de vice-président. Le nouvel exécutif, qui fonctionnera comme un gouvernement provincial, compte 15 protestants et catholiques. Le partage du pouvoir entre les deux communautés semble institutionnalisé.

Au début de décembre, les représentants de Londres, de Dublin et de Belfast se rencontrent dans la petite ville anglaise de Sunningdale (Berkshire) pour un sommet historique. C'est en effet la première fois depuis le traité de partage de l'Irlande en 1921 que l'avenir de l'île est discuté sur un pied d'égalité par des délégués des trois capitales. Les tractations durent des heures, mais les quatre chefs de délégation, Edward Heath, le Premier ministre britannique, Liam Cosgrave, son homologue irlandais, Brian Faulkner et Gerry Fitt pour l'exécutif de Belfast, sont apparemment résolus à parvenir à un accord.

Accord

Le 8 décembre, un communiqué commun annonce la création prochaine d'un Conseil de l'Irlande, première institution à réunir des représentants parlementaires et ministériels de Dublin et de Belfast, pour mettre au point une coopération, qui sera d'abord strictement économique, entre les deux parties de l'île.

William Whitelaw, qui avait été acclamé, debout, par toute la Chambre des communes, minorité et opposition confondues, après la formation de l'exécutif de Belfast, regagne définitivement Londres. C'est Francis Pym, un autre membre du cabinet Heath, qui le remplace au poste de secrétaire d'État pour l'Irlande du Nord.

L'accord de Sunningdale ne tarde pas à être violemment attaqué par les protestants loyalistes, qui y voient un premier pas vers une unification de l'Irlande. De son côté, l'IRA provisoire annonce que cette « mascarade » ne l'empêchera pas de poursuivre ses activités militaires destinées à débarrasser à tout jamais l'Irlande du Nord de la présence britannique.

Le 4 janvier 1974, quatre jours après la prestation de serment du nouvel exécutif, Brian Faulkner est mis en minorité par le grand conseil du Parti unioniste. Il n'en décide pas moins de rester à la tête de l'exécutif, et sa visite à Dublin, le 16 janvier, provoque les commentaires ironiques que l'on devine dans les rangs des loyalistes. Le 1er février, le Premier ministre irlandais, Liam Cosgrave, lui rend sa visite à Belfast. B. Faulkner n'en est pas moins contraint de démissionner de sa présidence du Parti unioniste, où il est remplacé par son ancien ministre de l'Agriculture, Harry West, qui en profite pour se déclarer résolument hostile à la « politique de Sunningdale ».

Les attentats reprennent de plus belle. Le 4 février, un autocar transportant des militaires et leurs familles saute sur une route du Yorkshire ; il y a 11 morts. L'IRA provisoire nie formellement être à l'origine du massacre.

Surprise

La démission du cabinet conservateur de Londres ne provoque qu'un intérêt modéré en Irlande du Nord, puisque les travaillistes se sont déclarés d'accord avec les tories sur la politique menée par E. Heath en Ulster.

Mais les élections législatives du 28 février réservent une surprise dramatique aux tenants du partage du pouvoir en Irlande du Nord : 11 des 12 sièges de la province au Parlement de Westminster sont enlevés par les loyalistes, qui ont été favorisés par le découpage des circonscriptions et le scrutin uninominal à un tour. Le 12e siège est enlevé de justesse par le leader du SDLP et vice-président de l'exécutif, Gerry Fitt. Plusieurs ténors catholiques sont battus, dont Bernadette Devlin, devenue Mme McAliskey. Comment B. Faulkner va-t-il pouvoir continuer à diriger l'exécutif du Stormont, alors que ses principaux adversaires, les protestants durs, viennent de remporter une si éclatante victoire ?

À Londres, Merlyn Rees, ancien porte-parole de l'opposition travailliste pour les affaires d'Irlande du Nord, remplace Francis Pym comme secrétaire d'État chargé de l'Ulster. La nomination de M. Rees est bien accueillie à Dublin, où sa modération et sa connaissance des affaires irlandaises sont appréciées.