Deux termes reviennent sans cesse : solidarité islamique et pétrole. Le sommet affirme son soutien au peuple palestinien, dont il reconnaît comme unique représentant l'OLP de Yasser Arafat, présent à Lahore. Chaque participant promet de fournir des soldats pour libérer Jérusalem. Il est suggéré de créer un Conseil des sages destiné à régler les querelles entre États musulmans. Les propositions généreuses ne manquent pas ; elles sont rarement réalistes. Moammer Kadhafi préconise l'application par les producteurs de pétrole de trois tarifs suivant les pays consommateurs : pays riches, pays pauvres (et pays industrialisés amis), pays musulmans. On fait remarquer au Libyen que rien n'empêcherait certains privilégiés de revendre leur pétrole au marché noir à des plus fortunés qu'eux. La coopération économique, souhaitée par Houari Boumediene, reposera, en revanche, sur une banque musulmane internationale à laquelle A. Bhutto a déjà versé ses premiers fonds (5 milliards de francs). Grâce aux capitaux issus du pétrole (d'ici à 1980 les deux tiers des liquidités mondiales seront aux mains des pays musulmans), elle peut devenir un organisme puissant, capable de mettre à profit la technologie occidentale.

Aide

Le Pakistan a commencé à développer un schéma qui doit le conduire à sa propre industrie d'armement ; les pays du golfe Persique fournissent les capitaux et la clientèle, la France le savoir-faire, le Pakistan les techniciens pour l'entretien et, demain, la fabrication. C'est ainsi qu'aujourd'hui la Libye ou Abou Dhabi ont leurs Mirage, pilotés, entraînés ou entretenus par des pilotes et des mécaniciens pakistanais, lesquels, dit-on, sont en mesure de les utiliser rapidement.

L'embargo américain sur les armes offensives depuis 1971 aura été déterminant. Les États-Unis n'ont livré que des pièces de rechange pour 150 millions de francs, alors que l'URSS n'a pas interrompu son assistance militaire à l'Inde, fait remarquer Islamabad, qui s'approvisionne malgré tout à l'ouest, par l'Iran ou l'Arabie Saoudite interposés, ou, directement, auprès de la France et de la Chine.

Le séjour d'une délégation chinoise pendant douze jours au Pakistan, en janvier 1974, la visite d'A. Bhutto à Pékin en mai sont l'occasion pour la Chine d'assurer le Pakistan de son soutien face à toute agression étrangère et de confirmer la poursuite de son aide militaire : 500 millions de francs (la Chine, depuis décembre 1971, a livré 20 Mig-19, 40 chars et 4 vedettes, pour un montant de 1,5 milliard de francs).

L'explosion atomique du 18 mai bouleverse les plans d'A. Bhutto, qui réplique : « Le Pakistan ne succombera pas au chantage nucléaire de l'Inde. » Il n'en opère pas moins des démarches auprès de l'ONU et des grandes puissances, auxquelles il est demandé des garanties contre la « menace nucléaire indienne ». Le président de la Commission atomique pakistanaise, le Dr Munir Khan, laisse entendre que son pays, qui va exploiter bientôt des gisements d'uranium, pourrait développer l'armement atomique.

La normalisation du sous-continent paraissait pourtant bien engagée.

Traité

Le 30 avril 1974, le général Niazi, qui signa la capitulation des troupes pakistanaises à Dacca, passe la frontière indienne à Wagah, le dernier du groupe des 195 criminels de guerre (dont 20 généraux) que le Bangla Desh s'était promis de juger pour génocide. Dacca a renoncé à son projet officiellement, « par souci de clémence », commente Kamal Hussain au terme de la réunion tripartite Inde-Pakistan-Bangla Desh des ministres des Affaires étrangères, à Delhi, le 9 avril. Il reçoit en échange les regrets de son homologue pakistanais, Aziz Ahmed, condamnant les « atrocités qui ont pu être commises ». Ali Bhutto se rend à Dacca, le 27 juin 1974, pour une visite de réconciliation de trois jours.

Suite logique du sommet de Lahore et de la reconnaissance du Bangla Desh, le pardon et la réconciliation sont précédés par le traité du 28 août 1973 (conséquence de Simla), signé à Delhi par le même Azir Ahmed et P. N. Hakshar, délégué personnel d'Indira Gandhi. Après des discussions difficiles, qui durent onze jours, les deux parties conviennent du rapatriement des prisonniers de guerre pakistanais et de l'échange des Bengalis bloqués au Pakistan contre un nombre « substantiel » de non-Bengalis voulant quitter le Bangla Desh.