Led Zeppelin, l'un des plus fameux groupes de hard rock (un de leurs albums a frôlé les 100 000 exemplaires vendus en France), doit annuler, au printemps 1973, Marseille et Lille après que des resquilleurs aient perturbé les concerts de Lyon et de Nancy. En province, on ne loue guère, d'où une affluence trop considérable devant les guichets ; de plus, des groupes de jeunes profitent de ces rassemblements pour se défouler collectivement sous des prétextes politiques qui confondent effets et causes.

Pop spatiale

Il faut aussi compter avec un vieux penchant pour la resquille (illustré par les Français à l'île de Wight en 1970) qu'ignorent les jeunes Anglais, plus tôt libérés et responsables d'eux-mêmes, habitués il est vrai à cette nouvelle culture musicale qui ne fait pas, comme chez nous, en France, figure d'intruse au pays de la chansonnette.

L'Angleterre connaît de nombreuses boîtes de nuit, des concerts qui commencent tôt et coûtent peu cher, un public de quatorze ans, des tournées au sein des universités, bref, une forme d'activité qui commence seulement à se manifester chez nous où l'arrivée, dans une ville importante, d'un groupe célèbre prend l'allure d'un événement révolutionnaire. Moins à Paris, tout de même, où Led Zeppelin joue deux fois à Saint-Ouen (Palais des sports, nouveau lieu privilégié du rock) devant plus de 10 000 personnes (avril 1973), couronnant ainsi une série de concerts placés sous l'égide de RTL.

Le Pink Floyd a ouvert la voie des tournées importantes en province. En décembre 1972, il remporte plusieurs succès d'affluence, affirmant ainsi son titre de groupe le plus populaire en France. C'est la France, chose curieuse, qui a découvert le Pink Floyd, et c'est en France que cette formation reste la mieux cotée.

Chacun de leurs 30 cm monte au hit parade des meilleures ventes, et le groupe demeure le chef de file d'une certaine école de pop spatiale qui connaît maintenant d'autres représentants également anglais, plus récemment découverts et prisés chez nous.

Pour Genesis (juin, à l'Olympia), King Crimson (avril), Van Der Graaf Generator (mai) ou même les virtuoses très musique classique d'ELP (avril, à Saint-Ouen), l'utilisation intensive des instruments électroniques, des techniques électro-acoustiques, l'introduction d'éléments sonores très divers greffés sur un rythme issu du jazz, tout cela contribue à l'épanouissement d'une école essentiellement pop dans la mesure où elle ne craint pas la bâtardisation musicale et tend à populariser les sons contemporains. C'est la tendance intellectuelle, à laquelle se rattache, nouvelle découverte, le rock allemand (Amon Düüll 2, Can, Faust).

Ainsi, après la période américaine symbolisée par le festival de Woodstock (qui contribua à faire découvrir les grands groupes comme le Jefferson Airplane ou le Grateful Dead), on en est revenu à la suprématie anglaise. Si le chanteur Joe Cocker (juillet 1972, à Saint-Ouen) a quelque mal à retrouver le souffle des grands jours, les légendaires Who, attendus comme des supervedettes (septembre 1972, à la fête de l'Humanité) se sont produits devant une foule évaluée à plus de 100 000 personnes.

Rock décadent

Mais les Who, Led Zeppelin, ou même les Rolling Stones, approchent désormais de la trentaine et, malgré leur étiquette rock dur (beaucoup d'électricité, un rythme très marqué), ils commencent à faire figure de vieux routiers un peu trop professionnels aux yeux du tout jeune public.

Les nouveaux teenagers considèrent que les Beatles appartiennent à un passé lointain et veulent applaudir des gens plus neufs. De là le succès de Slade (passage éclair en avril 1973 pour une émission de télévision), quatre Anglais qui compensent leur déficience technique par une mise en scène joyeusement agressive. Par leurs vêtements inattendus et leur musique systématiquement exacerbée, ils tranchent sur l'attitude jugée classique des groupes plus âgés.

Contre Slade, rare groupe pop avec les gentillets Osmonds à placer des titres au hit parade des meilleures ventes françaises en 45 t, contre Slade qui symbolise bien la démarche du groupe « qui veut s'en sortir », on retrouve les arguments déjà utilisés pour les Beatles et les Stones à leurs débuts. Ses défenseurs ne manquent pas de le souligner, tout en les applaudissant pour leur retour au merveilleux dans la présentation : Slade a mis au point des tenues scéniques parfaitement étudiées et délirantes.