Leonide Brejnev s'y emploie en rencontrant tous les dirigeants est-européens, de préférence lors de sommets bilatéraux. Pour l'instant, il semble avoir réussi dans son entreprise. Peut-être parce que le secrétaire général du PCUS a eu l'habileté de ne pas chercher, dans ses rapports avec l'Occident, à se poser en leader du camp socialiste. Être le numéro 1 incontesté de l'Union soviétique lui suffit. Et rassure ses interlocuteurs.

Les neuf accords américano-soviétiques

Liste des accords signés aux États-Unis, en juin 1973, par Nixon et Brejnev :
– Recherche agricole ;
– Relations culturelles ;
– Océanographie ;
– Transports ;
– Fiscalité ;
– Limitation des armements stratégiques ;
– Coopération pour une utilisation pacifique de l'énergie nucléaire ;
– Prévention de la guerre nucléaire ;
– Développement des liaisons aériennes (ouverture d'une ligne New York–Leningrad et Moscou–Washington).

Yougoslavie

Belgrade. 20 550 000. 80. 1,1 %.
Économie. Production : G (69) 140 + A (*70) 112 + I (70) 168. Énerg. (*70) : 1 432.
Transports. (*70) : 10 939 M pass./km, 19 253 M t/km. (*70) : 720 900 + 122 200.  : 1 543 000 tjb. (*70) : 774 124 000 pass./km.
Information. (70) : 24 quotidiens ; tirage global : 1 738 000. (70) : 3 372 000. (70) : 1 796 000. (70) : 488 700 fauteuils ; fréquentation : 86,3 M. (70) : 736 000.
Santé. (70) : 20 369. Mté inf. (70) : 55.
Éducation. (69). Prim. : 2 857 291. Sec. et techn. : 705 746. Sup. : 239 701.
Institutions. République populaire, proclamée le 29 novembre 1945. Devient République fédérale le 31 janvier 1946. Constitution de 1963, amendée le 23 juin 1971. Président de la République et secrétaire général du Parti : Josip Broz Tito, réélu le 29 juillet 1971. Président du Conseil : Djemal Bjeditch.

Autorité

Tensions à l'intérieur, stabilité à l'extérieur, la situation de la Yougoslavie évolue peu d'une année à l'autre. Mais plus que jamais le sort du pays paraît lié au maréchal Tito (81 ans en mai 1973).

Sans l'autorité du chef de l'État, qui n'hésite pas à intervenir durement lorsqu'il estime que la situation est dangereuse, les crises que connaît la Yougoslavie ne manqueraient pas de mettre en danger son existence même. Mais ce pouvoir inquiète de plus en plus les dirigeants du pays, car il les oblige à s'interroger sur ce qui se passerait si le maréchal Tito n'était plus là pour cimenter et consolider l'autorité de la fédération et de la ligue des communistes yougoslaves.

La réforme constitutionnelle de 1971, qui accordait aux différentes républiques le statut d'États souverains, a conduit les dirigeants de ces républiques à revendiquer une redistribution des richesses et des pouvoirs au sein de la fédération. Excès d'autonomisme ou poussées nationalistes ? Quoi qu'il en soit, la riposte de Tito est énergique. Aucune république n'y échappe. L'épuration, qui avait touché la Croatie (Journal de l'année 1971-72), s'étend aux autres républiques. Toutes connaissent à leur tour exclusions et démissions.

Les causes profondes du malaise sont toujours les mêmes : différences de niveau de vie, déséquilibre entre les rentrées de devises et les fonds reversés à Belgrade, enfin (et cela est particulièrement important en Croatie ou en Serbie) influence d'un passé de puissance.

La première réforme constitutionnelle de 1971 n'ayant pas donné les résultats escomptés (elle concernait avant tout la présidence collective), les dirigeants yougoslaves décident de la compléter en 1973-74. Principales innovations :
la députation est remplacée par la délégation. Les élections ne se feront plus directement par circonscription, mais par le biais de groupes de comités autogestionnaires, élus au suffrage direct dans les entreprises, qui désigneront les délégués à l'Assemblée de la République ;
la coordination fédérale se fera davantage au niveau du Parlement que du gouvernement ;
la présidence collégiale est ramenée de 23 membres (avec Tito) à 9 (un par république et région, plus le président de la LCY. Pour l'instant il s'agit évidemment de Tito, mais dans l'avenir ce siège permettra à la Ligue de manifester son pouvoir.

Les Oustachis

Occupation du consulat yougoslave de Goteborg, en Suède, assassinat de l'ambassadeur à Stockholm, bombe à bord d'un avion de ligne au-dessus de la Tchécoslovaquie, attentats contre des agences de voyage et des représentations diplomatiques yougoslaves à l'étranger, autant de manifestations, tragiques et spectaculaires, de la guerre que mènent les Oustachis contre le régime du maréchal Tito. Ces nationalistes croates (qui ont pris le nom des opposants à l'occupation turque) furent des collaborateurs zélés des Allemands pendant la guerre. Le siège de leur organisation se trouve aujourd'hui en Allemagne de l'Ouest. Les Oustachis trouvent parfois des alliés parmi les nombreux travailleurs yougoslaves à l'étranger. D'où plusieurs attentats à la bombe perpétrés en Yougoslavie même, dans des cinémas ou des gares. En juillet 1972, les forces de sécurité doivent livrer une véritable bataille rangée contre un groupe de « terroristes croates » infiltré de l'étranger et intercepté en Bosnie occidentale. Bilan : une trentaine de morts, dont 13 agents de la sécurité.

LCY

De tous les pays socialistes, la Yougoslavie est indéniablement celui qui a su le mieux concilier des libertés publiques et individuelles et l'édification d'une société de type socialiste. Cette liberté a toutefois ses limites. Des procès politiques viennent le rappeler de temps en temps. Des universitaires, des leaders étudiants ou d'anciens responsables du parti ou du gouvernement en sont victimes.