Les lycéens protestent contre la suppression du sursis, mais les éléments de gauche dénoncent également le renforcement de la gendarmerie ; ils craignent des actions de répression en cas de grèves et de manifestations. Le ministre fait finalement marche arrière et modifie sensiblement le plan initial inspiré de la loi Debré.

IBRAMCO

Enfin, il y a eu ce qu'on a appelé l'affaire IBRAMCO. L'Iranian-Belgian Refining and Marketing Company SA, société d'initiative publique, a pour objet l'étude relative à l'installation d'une raffinerie de pétrole dans la région de Liège (à Lanaye).

Les trois partenaires au gouvernement sont d'accord sur le principe de l'initiative publique dans le secteur de l'énergie mentionnée dans la déclaration gouvernementale ; le dossier de Lanaye a souvent été examiné en conseil ministériel ad hoc, mais une divergence de vues est apparue sur les conditions dans lesquelles la société IBRAMCO a été constituée.

Les partenaires des socialistes leur reprochent d'avoir agi à la sauvette et dans la précipitation, de manière à se réserver une influence exclusive dans ladite société. Les trois hauts fonctionnaires siégeant au Conseil d'administration pour y représenter l'Administration publique belge sont des socialistes.

L'affaire IBRAMCO a fait l'objet d'un débat houleux au Parlement au début du mois de mai. L'accord entre l'État belge et la National Iranian Oil Company (NIOC) n'est pas remis en cause, mais les modalités de la participation belge seront réexaminées. Cette initiative publique dans le secteur pétrolier fait suite aux démêlés qu'ont eus les ministres des Affaires économiques successifs avec les grandes compagnies à propos du prix de l'essence. Peu avant de devenir vice-président de la Commission européenne, Henri Simonet avait dit sa volonté de fonder la négociation du gouvernement avec les pétroliers non plus sur des « prix de structure » mais sur les « prix réels ». Willy Claes, son successeur, a bloqué les prix de l'essence jusqu'en juillet 1973.

L'État belge, s'il devait devenir lui-même producteur de produits pétroliers, verrait plus clair dans la manière dont sont établis les prix par les grandes compagnies étrangères.

Budget

Un déficit budgétaire évalué à 10 milliards de F, selon les derniers chiffres communiqués par le Premier ministre, inquiète aussi le gouvernement. Au sein du Comité de la hache, dont le nom dit bien avec quelle vigueur il tranche les millions, on a proposé un ensemble d'économies permettant de retrouver 3 milliards de F. Pour le reste, le gouvernement hésite entre le recours à l'emprunt et l'espoir de rentrées fiscales dues à la reprise économique. Il envisagerait de tolérer un déficit qui, sur un budget de 420 milliards, représenterait moins de 1 %.

Les ministres bénissent leurs collègues du conseil des ministres de la Communauté économique européenne qui, dans une directive, imposent à la Belgique une augmentation de la fiscalité sur les cigarettes. C'est peut-être derrière le gigantesque nuage de fumée de dizaines de millions de cigarettes que le gouvernement pourra se livrer à un tour de passe-passe budgétaire et annoncer qu'il ne recourra pas à une augmentation d'impôts...

Régionalisation

L'opposition fédéraliste (Front démocratique des francophones-Rassemblement wallon et Volksunie), qui a vu un adversaire gouvernemental quitter le tapis, attend que ce nouveau challenger veuille bien engager la lutte sur le terrain de la régionalisation. Mais, jusqu'à présent, Edmond Leburton fait de la mise en train au sein d'une commission mixte parlementaire (Chambre et Sénat) où le gouvernement soumet à la discussion son schéma institutionnel. Le FDF-RW profite de cette occasion pour tâter l'adversaire et montrer ses muscles fédéralistes.

La Volksunie, elle, trouve inutiles ces exercices de mise en condition et n'y participe pas. Les paris s'engagent sur l'affrontement qui s'annonce et dont l'issue marquera l'avenir institutionnel du pays. Ou bien le gouvernement réussit et réalise la régionalisation prévue dans la nouvelle Constitution, ou bien il ne résiste pas aux coups de ses adversaires fédéralistes et on en appelle au jugement des électeurs. Les adversaires sont trois d'un côté (socialistes, sociaux-chrétiens et libéraux) et trois de l'autre (FDF-RW, auquel se joignent les libéraux bruxellois, la Volksunie et le Parti communiste). L'équipe gouvernementale dispose d'un considérable avantage de poids parlementaire : 159 sièges à la Chambre et 135 au Sénat.