Sauver les sites, préserver les perspectives d'aménagement : ce qui était vrai l'an dernier sur la côte méditerranéenne l'est aussi en 1972 pour l'aire métropolitaine marseillaise. C'est-à-dire pour tout l'environnement de Fos. Lorsque les élus (députés, conseillers généraux, maires) donnaient en 1969 leur accord aux projets d'organisation des Bouches-du-Rhône autour du Grand Marseille, ils n'avaient qu'une vision idéale. La réalité est là, moins attrayante que les planches violemment coloriées des albums officiels. L'impact industriel (le séisme, comme on dit) se fait dans l'incohérence. Et il devient l'occasion d'une véritable surenchère politique d'où les implications de la spéculation immobilière ne sont pas exclues. Au contraire. Les positions sont d'ailleurs apparemment inconciliables. L'Administration se prépare à investir 6 milliards de francs dans une entreprise aux dimensions européennes : elle veut savoir ce que recouvre réellement cet effort financier ; elle tient à en contrôler le processus. Quant aux hommes politiques, ils se rebellent contre une tutelle parisienne dont ils pensent qu'elle vise à les écarter des responsabilités. Le maire de Fos-sur-Mer, Jean-Jacques Féraud, a pu ainsi mobiliser un courant girondin où se trouvent entraînés le maire socialiste de Marseille, Gaston Defferre, et les élus communistes, nombreux autour de l'étang de Berre.

Mais cette controverse passe largement au-dessus de la tête du citoyen moyen. Le Provençal ne voit, dans l'opération Fos, que les conséquences immédiates : le bouleversement des communications, la pollution des sites, des eaux, de l'air. Pour lui, le séisme est un cataclysme : « Fos ? Connais pas... »

Corse

L'évolution de la situation de l'emploi en Corse a pris des aspects nouveaux depuis 1954-55, époque à laquelle fut amorcée la politique de décolonisation. Jusqu'alors, les jeunes insulaires s'orientaient vers le fonctionnariat ou les activités commerciales outre-mer.

Sortie d'un état séculaire

Les années 60 marquent un tournant. La mise en valeur agricole devient une réalité. Les moyens de liaison avec le continent (avions, bateaux) sont nettement améliorés. En même temps que les jeunes voient se fermer les débouchés traditionnels, ils prennent conscience qu'ils peuvent vivre et travailler chez eux.

L'expansion agricole et touristique permet à l'île de sortir de son état séculaire de sous-développement. Le processus de dépérissement démographique est arrêté (180 000 habitants en 1956, 215 000 en 1970). Le tiers de la population, soit 70 000 habitants environ, est âgé de moins de vingt-quatre ans. Le vingtième seulement peut faire des études supérieures, mais sur le continent (Nice, Aix, Marseille, Paris), car l'île n'est pas dotée de structures universitaires ni même d'un IUT. Les autres recherchent donc des emplois sur place. À cet égard, les statistiques officielles sont significatives.

Le nombre des demandes d'emploi non satisfaites passe en quatre ans de 513 à 895 et celui des bénéficiaires de l'aide publique de 187 à 435. Ce dernier chiffre serait encore plus élevé si les jeunes n'ayant jamais occupé un emploi pouvaient s'inscrire au chômage.

Parallèlement, un nombre toujours plus important de jeunes filles est demandeur d'emploi. En février 1972, sur 895 demandes non satisfaites (569 hommes et 326 femmes), 288 recherchent des emplois de bureau ou assimilés (116 hommes, 172 femmes), 84 emplois dans le commerce ou activités assimilées (40 hommes, 44 femmes).

La main-d'œuvre étrangère est importante : 23 000 étrangers (sur une population active de 58 000 personnes) occupent des emplois permanents dans le bâtiment ou le service de voirie, ou des emplois saisonniers dans l'agriculture.

Pourtant le principal problème reste celui de la formation professionnelle : il est pratiquement impossible de trouver sur place un OP 3, par exemple, en raison de l'absence de formation sur place.

La Trésorerie générale de la Corse fait dispenser des cours de droit à ses stagiaires, qui sont contraints de se rendre régulièrement à Nice pour effectuer les travaux pratiques.