Durant les années 60, tous, officiels et syndicats, réclamaient des emplois ; ils s'attachaient surtout au nombre. Il y avait surenchère pour attirer des industries nouvelles, sans distinction. Dans le même temps on notait une poussée vers la scolarisation et la formation professionnelle, réalisation plutôt anarchique que faite en fonction des besoins. Le Finistère est le département le plus scolarisé de France et possède une université de plus de 6 000 étudiants. Mais en entrant dans la vie sociale, les jeunes ont constaté les faibles débouchés que leur offrent leurs diplômes. Avant tout les offres d'emploi concernaient les ouvriers spécialisés, hommes ou femmes (dans l'électronique). Cette situation faite aux jeunes a causé un choc psychologique.

Depuis un an les revendications portent sur la qualité de l'emploi et ses perspectives d'avenir. Les travailleurs sont plus sensibles à la différence des salaires entre Paris et la Bretagne. La grève du Joint français à Saint-Brieuc est l'illustration la plus brutale de cette prise de conscience.

Économie agricole

Cette récente situation crée des difficultés dans l'installation de nouvelles industries. On veut faire venir des entreprises de qualité, alors qu'elles ne sont pas toujours assurées de trouver sur place une main-d'œuvre qualifiée. Il faut donc adapter la formation professionnelle en fonction des choix. Les entreprises déjà implantées se développent et fourniront, pense-t-on, 40 % des 40 000 emplois souhaités.

Les besoins sont plus sensibles dans l'industrie que dans l'agriculture. L'artisanat, qui occupe 40 000 personnes, est plus confiant dans son avenir.

Région en mutation, la Bretagne est mal à l'aise dans le domaine de l'emploi. Il est difficile de faire concorder les aspirations d'une population avec la marge du possible au moment même où elle quitte une économie presque entièrement agricole.

Bretagne, Grande-Bretagne et Marché commun

Au moment où la Grande-Bretagne va entrer dans le Marché commun, les Bretons espèrent que les liens sentimentaux qui existent de part et d'autre de la Manche vont se transformer en relations d'affaires. Situés à l'extrême ouest de l'Europe, ils ont un peu l'impression d'être les marginaux du Marché commun.

Les échanges économiques entre les deux rives de la Manche sont faibles, plus réduits même qu'ils ne l'étaient avant la dernière guerre. Les importations, représentées autrefois par le charbon, sont en nette régression malgré la reprise des importations de houille. Les exportations sont constituées par des produits agricoles bruts : choux-fleurs (32 201 t), pommes de terre de primeur (12 007 t), blé (579 t), oignons (4 000 t) ; en revanche, les produits transformés progressent : il s'agit des conserves et des salaisons, des automobiles Citroën de Rennes, des cuirs et chaussures, du papier et des cartons. Ils représentent 13 % en tonnage, mais 55 % en valeur des exportations.

Les échanges avec l'Angleterre se font à partir de Saint-Malo, mais, dans l'avenir, se feraient surtout à partir du nouveau port de Roscoff, qui est l'un des éléments du plan breton avec la modernisation en cinq ans de l'infrastructure routière par la création de grands axes à quatre voies.

Exporter demande une mentalité nouvelle. Les conserveurs, au lieu de proposer les produits à leur marque, pourraient s'entendre pour définir une production réalisée selon les mêmes normes et vendue sous le même label Bretagne. Les laiteries (24 millions d'hectolitres, soit 11,6 % de la production française) envisagent la production de gruyère et de saint-paulin, fromages qui se vendent bien outre-Manche.

La Chambre régionale du commerce et de l'industrie, avec le concours du commissaire à la Rénovation rurale, entreprend une action systématique de prospection et de conquête de ces marchés. Cette prospection aura pour but d'inciter les touristes britanniques à venir en Bretagne pour découvrir sur place la production locale. De plus, on cherchera à provoquer les investissements industriels d'Outre-Manche en Bretagne.

Pays-de-la-Loire

L'année 1971, selon une étude de la Banque de France, a été marquée par une activité industrielle soutenue ; des progrès appréciables ont été enregistrés dans la plupart des entreprises. Pour répondre à une demande très forte, les producteurs de biens de consommation ont dû mettre en œuvre le maximum de leurs moyens et disposent encore de carnets de commandes bien fournis ; il n'en va pas de même dans le secteur des biens d'équipement, où les plans de charge ont continué à se réduire.