Le reproche essentiel fait aux mathématiques modernes est d'être un instrument intellectuel abstrait, inapte à préparer les élèves de l'enseignement secondaire à la pratique des disciplines qui, traditionnellement, exigent la maîtrise du calcul, comme la physique. À cette objection de fond s'ajoutent des arguments d'un caractère plus accidentel, mais qui touchent peut-être davantage l'opinion : des parents et des maîtres sont désorientés par la réforme et n'arrivent pas à s'y adapter. Le suicide d'un enseignant — fait divers qui, malheureusement, s'est toujours produit de temps à autre dans une profession qui exige une grande solidité psychologique — a été exploité dans ce sens.

La contre-offensive n'est pas moins vigoureuse. Dans une lettre ouverte au professeur Kastler, le père de la réforme, le professeur André Lichnerowicz, souligne que ce que l'on attend « encore vainement aujourd'hui (de la part des physiciens), c'est une conception globale et des suggestions positives pour le renouvellement de l'enseignement de la physique ». Il lance un appel à la coopération entre physiciens et mathématiciens en vue de la refonte de l'enseignement scientifique français « en profond déséquilibre », et rejette « les agressions verbales » et les « opinions superficielles et préfabriquées ».

D'après André Lichnerowicz, les étudiants formés dans les mathématiques nouvelles sauront calculer mieux que leurs prédécesseurs. Et il résume ainsi la position des partisans de la réforme : « La mathématique n'est pas collection d'axiomes, mais la pensée imaginative et créatrice de méthodes et de techniques qui s'expriment à travers cela. L'expérience montre qu'une fraction beaucoup plus grande de jeunes s'intéresse alors aux mathématiques et c'est là notre récompense. Les mathématiques ne sont dites abstraites que parce qu'elles sont polyvalentes, en s'appliquant, sans spécificité, à des activités variées qui baignent une large part de notre civilisation technique. Il ne saurait y avoir là un droit de privilège pour la physique par rapport à d'autres disciplines qui veulent user des mathématiques.

Dans cette nouvelle querelle des anciens et des modernes, il est probable que ces derniers l'emporteront, d'autant plus qu'il est difficile de revenir sur une réforme déjà largement entrée en application, et qui n'est pas particulière à la France. Cependant, l'offensive des traditionalistes semble conduire à la révision de certains manuels de mathématiques hâtivement préparés et à un effort vers une meilleure formation des enseignants.

D'une autre nature semble la contestation de l'école elle-même, accusée d'entretenir, sinon d'accroître les ségrégations sociales, contrairement aux espérances des législateurs de la fin du siècle dernier, qui voyaient en elle un des instruments de l'égalité démocratique. Par ailleurs, l'école n'est plus un des lieux privilégiés de la culture : l'essor des mass media — radio, télévision, presse, livre de poche — et aussi celui de la littérature souterraine a déplacé le centre de gravité de la culture moderne.

Supprimer l'école ?

Pour remédier à cette situation, deux tendances s'affrontent. L'une a trouvé son porte-parole en Ivan Illich, dont l'ouvrage Une société sans école propose de remplacer l'école par des réseaux — objets éducatifs, maîtres, animateurs — qui offriraient aux jeunes et aux adultes des moyens d'apprentissage sans les faire prisonniers des cadres scolaires. Face à ce radicalisme demeurent les partisans d'une école dont il faut bien reconnaître les manques, mais qui reste malgré tout, à leurs yeux, l'instrument incomparable d'une accession à la culture et d'une promotion de l'homme. Certes, le temps n'est plus où, dans un monde relativement stable, le système scolaire transmettait sans heurts à la fois un savoir, des méthodes et des valeurs, mais les mutations de la société ne doivent pas pour autant entraîner une disparition de l'école.

Le vrai problème est celui d'un ajustement qui adapte la formation aux besoins de l'économie, sans faire de cela l'unique critère de l'enseignement.

Psychiatrie et antipsychiatrie

Le terme d'antipsychiatrie a été créé par le Dr Cooper, médecin-chef dans un hôpital psychiatrique londonien. L'antipsychiatrie n'est pas, selon son inventeur, et contrairement aux interprétations les plus répandues, l'opposition à toute espèce de psychiatrie, mais la recherche d'une psychiatrie idéale. Il est vrai que cette recherche implique la critique radicale de la psychiatrie classique et de toutes les psychiatries de substitution qui lui ont été jusqu'à présent opposées, qu'il s'agisse de la psychothérapie institutionnelle ou de la psychiatrie de secteur.