Sous l'impulsion du Fonds mondial pour la nature, les mesures se sont multipliées, au cours des derniers mois, en vue de sauver les 120 espèces de mammifères et les 187 oiseaux en voie d'extinction. L'emprise de l'homme sur la nature devient telle que même la faune de régions jusqu'ici inviolées se trouve menacée. C'est le cas des animaux des forêts équatoriales d'Amérique, d'Afrique et d'Asie. De nombreux singes et oiseaux d'Amazonie se sont raréfiés ; le commerce des peaux y menace nombre de mammifères : au marché de Cayenne, on peut assister à l'affligeant spectacle de monceaux de tapirs et de tatous vendus au mépris des règlements.

En Afrique centrale, le massacre sera peut-être enrayé par la création de quatre nouveaux parcs nationaux au Congo Zaïre. En Asie, c'est l'orang-outan qui est en danger : il ne compte plus que 1 000 individus à Sumatra et 3 700 à Bornéo. Heureusement, des enclos viennent d'être créés à Kuala-Lumpur, en Malaisie, dans le dessein d'assurer en captivité la survie du grand singe roux.

Espèces en extinction

L'effectif de nombreuses espèces est encore beaucoup plus faible, comme l'ont montré des recensements récents. Des missions aériennes ont révélé la situation critique des derniers véritables ânes sauvages, aujourd'hui localisés aux confins de l'Éthiopie et de la Somalie. Ils ne sont plus actuellement que 400, et encore sont-ils menacés par la chasse et l'extension de l'élevage. Un plan de protection a été établi : il sauvera peut-être une espèce à laquelle l'homme doit tant, puisqu'elle est la souche de l'âne domestique.

Un splendide oiseau d'Extrême-Orient, l'ibis nippon, est au bord de l'extinction totale : selon les derniers recensements, il ne compte plus que 10 représentants. Autrefois répandu en Chine et en Corée, ce bel échassier au masque rouge et au plumage blanc rosé ne survit plus qu'au Japon. Décimé par les guerres, la chasse, les pesticides, l'ibis nippon est protégé dans une réserve comportant les arbres nécessaires à sa nidification et des étangs où il peut se nourrir. On tente de le faire se reproduire en captivité.

Les recensements d'espèces sont très difficiles : parfois, un animal est déclaré éteint alors qu'il en reste de rares spécimens. Récemment, un incendie de forêt survenu en Assam, au pied de l'Himalaya, s'est soldé par une heureuse surprise pour les zoologistes. Deux espèces réputées disparues, chassées par le feu, ont fait leur réapparition : le lièvre à fourrure raide et le sanglier pygmée, véritable porcin lilliputien, haut seulement de 30 cm au garrot.

Cigognes et aigles de mer

D'autres fois, une espèce largement répandue sur de vastes étendues vient à se raréfier dans certaines zones. Tel est le cas de la cigogne blanche en Europe occidentale. Sa situation devient extrêmement précaire en Alsace : 18 couples seulement y ont niché en 1971. Pour enrayer cette décadence, dont les causes restent mystérieuses, un ornithologue strasbourgeois, A. Schierer, a installé une douzaine d'enclos où des cigognes se reproduisent en semi-liberté. Pour se procurer les oiseaux, Schierer a pris une initiative originale : tout auteur d'un don permettant l'achat d'une cigogne en deviendra le parrain et sera tenu au courant des déplacements de sa protégée, qui sera baguée, bien entendu...

Un autre grand oiseau d'Europe, plus sauvage celui-là, est également en danger : c'est le pygargue à queue blanche ou aigle de mer. Cet imposant rapace, qui atteint 2,50 m d'envergure, est aujourd'hui relégué dans le nord et l'est du continent. Les quatre couples qui survivent en Allemagne, dans le Schleswig-Holstein, n'ont donné qu'un seul aiglon en 1971. La plupart des œufs contiennent de fortes quantités d'insecticides : aussi tente-t-on de fournir à ces oiseaux une nourriture saine, ce qui n'est guère facile.

De jeunes pygargues, prélevés en Norvège, ont été transplantés à Fair Isle, au nord de l'Écosse, dans l'espoir de réintroduire l'espèce en Grande-Bretagne, mais l'on ne pourra juger des résultats de l'expérience que dans plusieurs années, lorsque les aiglons auront atteint leur maturité sexuelle.