En revanche, des échantillons de glace où l'on retrouve les couches successives des cent dernières années ont été relevés. Toutes ces carottes (12 m3 pesant chacune 2 tonnes environ) rapportées dans des containers isothermes seront analysées en laboratoire.

Succès des Castors

L'expédition française a enregistré des satisfactions : notamment le comportement des cinq véhicules Hotchkiss Castors. Ces cinq tracteurs ont très bien marché malgré d'énormes sastruggi — crêtes aiguës taillées dans la glace superficielle, qui par endroits atteignent 1 m et même, ce qui est tout à fait exceptionnel, 1,50 m de hauteur. Pourtant, comme les huit traîneaux, les deux caravanes et une partie des vivres de l'expédition, les Castors avaient attendu à Carrefour depuis l'été austral 1970-71. De même, au retour de l'expédition, les véhicules ont été parqués à Carrefour pour l'expédition suivante ; l'équipe de l'été 1972-73 les retrouvera pour accomplir, toujours en direction de Vostok, la deuxième partie du projet international de glaciologie antarctique.

D'autres pays ont participé à ce projet. Les Australiens, partis de leur station Casey, devaient prendre eux aussi la direction de Vostok. Des difficultés matérielles les ont empêchés de faire plus de 80 km.

Les Soviétiques, partis de leur base côtière Mirny, devaient monter sur le plateau jusqu'à l'altitude de 2 500 m pour suivre ensuite cette courbe de niveau, effectuant ainsi un parcours à peu près parallèle à la côte jusqu'à la longitude de Casey. Ils n'ont pas fait connaître les résultats de leur raid.

L'aide américaine

Les Américains ont fourni gratuitement l'appui de leurs avions C-130. L'équipe française a été amenée le 4 novembre 1971 à Carrefour par un appareil américain parti de McMurdo, et à plusieurs reprises l'aviation des États-Unis a apporté à l'expédition glaciologique française carburant, vivres et courrier. Lors du vol de ravitaillement du 2 décembre le mauvais temps a contraint le C-130 à faire demi-tour et à rentrer à McMurdo sans avoir rempli sa mission.

Deux jours plus tard, le 4 décembre, l'avion a pu atterrir à proximité du convoi français, mais il est retombé sur la glace juste après son décollage, heureusement sans dommages pour l'équipage. Le 7 décembre, un autre C-130 s'est posé près de l'avion accidenté. Les dix hommes et tout l'équipement électronique du premier appareil ont été ainsi récupérés. La carcasse, abandonnée sur la calotte glaciaire, sert désormais de hangar de stockage...

Les stations soviétiques

Les Soviétiques ont profité de l'été austral pour explorer les côtes de la mer d'Amundsen sur lesquelles ils ont l'intention d'installer, en 1973, une nouvelle station réservée aux études de la haute atmosphère (problèmes de la propagation des très basses fréquences, entre 150 et 300 km d'altitude). L'année géophysique internationale 1957-58 a été, pour les Russes, l'occasion de prendre pied sur le continent antarctique. De l'AGI datent les bases actuelles de Mirny et de Vostok. En 1959, les Russes ont ouvert Lazarevskaya, remplacée deux ans plus tard par Novolazarevskaya et, en 1962, par Molodejnaya. Avec Bellingshausen, établie en 1968 sur l'île King George à l'extrémité de la péninsule antarctique — plus de douze stations britanniques, argentines, chiliennes ou américaines sont déjà installées sur la péninsule antarctique ou sur les îles voisines —, les Soviétiques sont passés du côté du continent austral qui fait face à l'Amérique du Sud. Enfin, en février 1971, les Russes ont ouvert Leningradskaya. Si le projet de la mer d'Amundsen est réalisé, les Soviétiques auront entouré le continent antarctique d'une guirlande complète de stations.

Du côté américain, la station Byrd, une des trois bases à l'intérieur du continent avec Amundsen-Scott et Vostok, a été fermée après quatorze années de fonctionnement. Siple, une toute petite base devant servir à l'étude de la propagation des très basses fréquences, n'a pas pu être installée à la racine de la péninsule antarctique.