Le gouvernement de Bagdad est persuadé que la revendication est d'ordre strictement politique, qu'elle vise à entretenir une tension artificielle dans le pays. En effet, l'IPC, en guise de représailles, freine ses investissements et la production de naphte, privant ainsi Bagdad de revenus substantiels et indispensables aux ambitieux projets de développement mis en chantier. En outre, l'Irak veut assurer son indépendance économique ; le 29 décembre, le gouvernement alloue 500 millions de livres sterling au développement de l'industrie nationale pétrolière, en particulier aux gisements de Roumeilah-Nord, exploités avec l'aide financière et technique de l'URSS.

Les négociations avec l'IPC, reprises le 15 janvier 1972, aboutissent à une impasse le 8 février. Le 10, Saddam Hussein, vice-président du Conseil de la révolution, part pour Moscou avec la ferme intention de conclure « une alliance stratégique avec l'URSS ».

Traité soviéto-irakien

L'homme fort de l'Irak entend ainsi résoudre globalement les problèmes qui menacent le régime. Il emporte avec lui trois dossiers : ceux du pétrole, du conflit avec l'Iran et de la subversion intérieure (agitation kurde notamment). En allant à Moscou, Saddam Hussein veut s'assurer un puissant allié, qui entretient de bonnes relations à la fois avec les Kurdes et les Iraniens, et sortir l'Irak de son isolement. En effet, Bagdad n'entretient plus de relations diplomatiques avec les États-Unis, la Grande-Bretagne et la République fédérale allemande, tout en étant brouillé ou en froid avec la plupart des pays arabes.

Le Kremlin, pour sa part, ayant subi des déboires en Égypte et au Soudan notamment, cherche à diversifier ses rapports avec le monde arabe.

La visite du vice-président irakien à Moscou est couronnée de succès : le 14 février, divers accords sont passés et les deux parties conviennent de conclure un traité. Celui-ci est signé le 9 avril à Bagdad par le général Bakr et A. Kossyguine, qui deux jours auparavant, dans une allocution prononcée à Roumeilah-Nord, s'écriait : « Le pétrole arabe aux Arabes ! »

Le traité, précisément, offre des garanties de soutien à l'Irak dans le domaine des hydrocarbures ainsi qu'un engagement de coopération en cas de guerre ou de menace de guerre. Pour le reste, le texte est très proche de celui signé entre l'URSS et l'Égypte en mai 1971.

Tout paraît indiquer que A. Kossyguine ait obtenu pour sa part, avant la signature du traité, quelques assurances sur la politique extérieure et intérieure que suivraient les dirigeants baasistes. Ces derniers l'auraient informé de leur intention de créer un « front national », en scellant leur collaboration avec les Kurdes, les communistes, les nassériens. Ils se seraient, en outre, engagés à normaliser leurs rapports avec l'Iran et les pays arabes progressistes, avec lesquels l'URSS est en bons termes.

Déjà, au début du printemps, Saddam Hussein — après son retour de Moscou — avait proposé à l'Égypte et à la Syrie de s'unir à l'Irak, formule de style qui lui avait permis, lors d'un voyage à Damas et au Caire du 22 au 27 mars, de liquider le contentieux qui empoisonnait les rapports de l'Irak avec les deux pays frères.

D'une manière plus générale, Bagdad s'applique à améliorer ses relations avec tous les autres États arabes, sans distinction de régime, lesquels n'hésitent pas à soutenir l'Irak, à des degrés différents, à l'occasion de la nationalisation de l'IPC.

Nationalisation

Dans cette perspective, les dirigeants baasistes multiplient les mesures pour élargir les bases populaires de leur régime. Après la publication, le 15 novembre, du pacte national (auquel toutes les formations sont conviées à adhérer), la quasi-totalité des internés politiques sont remis en liberté et des négociations sont engagées notamment avec le parti communiste, dont deux représentants siègent au gouvernement, aux côtés de ministres kurdes et nassériens, dès le 14 mai. C'est la première fois dans l'histoire du PC, longue d'un demi-siècle, que son existence est officiellement reconnue. Trois jours après la formation de ce ministère de coalition, le gouvernement de Bagdad adresse un ultimatum à l'IPC qui, depuis deux mois, avait réduit la production des gisements de Kirkouk. Il somme le consortium de se plier aux exigences de l'Irak, concernant en particulier la loi 80, avant le 1er juin.