L'événement impensable, comme l'appelle le Washington Post, est qualifié non sans emphase par Nixon d'« accord monétaire le plus significatif de l'histoire du monde ». La dévaluation de 7,89 % — que le Congrès approuvera en mars 1972 — est accueillie avec une sérénité relative par une opinion américaine plus sensible depuis longtemps au phénomène de l'érosion monétaire — c'est-à-dire à la hausse continue des prix — qu'à la baisse du dollar sur le marché des changes. Le choc psychologique est d'ailleurs amorti par les assurances qu'on lui donne en haut lieu : l'accord va provoquer un reflux massif de capitaux qui permettra aux États-Unis de réduire sensiblement le montant de leurs dettes ; l'inflation va être enrayée et l'économie stimulée ; l'Amérique, ajoute-t-on, va retrouver son excédent commercial.

Sombre bilan

Si la surtaxe de 10 % à l'importation est supprimée, les États-Unis obtiennent en revanche de substantielles compensations de leurs partenaires occidentaux. Mais les résultats attendus de l'accord de Washington tardent à se faire sentir. Le 10 janvier, faisant écho aux gouverneurs des banques centrales réunis à Bâle, le Wall Street Journal constate que seul « un mince filet de dollars commence à rentrer » au pays et que « l'incertitude et l'inquiétude » continuent à prévaloir.

La balance commerciale des États-Unis a accusé, en 1971, un déficit de 2,05 milliards de dollars (au lieu d'un excédent de 2,7 milliards en 1970). Il faut remonter à 1888 pour trouver un bilan aussi sombre. Mais le mouvement a tendance à s'accentuer au début de 1972. Le 12 avril, Peter Peterson, successeur de Maurice Stans au poste de secrétaire au Commerce, révèle que la balance commerciale s'est améliorée uniquement pour les produits agricoles « alors qu'elle s'est détériorée, et très fortement, dans tous les autres secteurs ». À la fin avril, les importations sont déjà supérieures de 2,2 milliards de dollars aux exportations.

C'est un projet de budget tout aussi déficitaire que le président fait parvenir le 24 janvier 1972 au Congrès. Pendant sa campagne électorale de 1968, Nixon avait associé les démocrates à la notion de budget en déficit et s'était affirmé comme un farouche partisan de l'orthodoxie financière. Le budget de la nation, avait-il répété, doit être équilibré, comme celui d'une famille. En fait, dès 1970, les dépenses l'avaient emporté sur les recettes. Pour l'exercice 1971-72, l'impasse a atteint 39 milliards de dollars (le déficit le plus important enregistré depuis 1943). Cette fois, elle est évaluée à 25,5 milliards (dépenses : 246,3 milliards ; recettes : 220,8 milliards). Les dépenses militaires représentent 32 % et les dépenses humaines 45 % du total. L'aide à l'étranger et les crédits affectés à la NASA sont pratiquement inchangés par rapport à l'exercice précédent.

Les révélations du journaliste Jack Anderson

Journaliste indépendant de 49 ans, Jack Anderson, dont l'éditorial Le carrousel de Washington est publié chaque jour par plusieurs centaines de quotidiens américains, est l'un des hommes qui, en 1972, ont défrayé la chronique.

Ce mormon sans convictions politiques bien définies, mais qui conçoit son métier en termes de croisade, porte à la connaissance de ses lecteurs, en décembre 1971, un compte rendu détaillé des délibérations secrètes du gouvernement américain pendant la guerre indo-pakistanaise. Il en ressort notamment qu'un détachement de la VIIe Flotte avait été envoyé quelques semaines plus tôt dans le golfe du Bengale pour intimider l'Inde et que Henry Kissinger considérait le rôle du Conseil de sécurité de l'ONU dans le conflit comme une farce.

Ces révélations ont relativement peu de retentissement aux États-Unis. L'affaire de l'ITT, qu'Anderson divulgue au lendemain du retour de Chine de Nixon, va, en revanche, faire beaucoup de bruit. Anderson explique en effet, le 29 février, que, moyennant le versement d'une somme de 400 000 dollars pour l'organisation de la convention républicaine — prévue initialement à San Diego (Californie) —, le ministère de la Justice a rendu un avis favorable à l'une des plus puissantes sociétés américaines, International Telephone and Telegraph, qui faisait l'objet de poursuites au titre de la loi antitrust. Parmi les personnages mêlés à la controverse : John Mitchell, ancien attorney général, et Richard Kleindienst, son successeur désigné. Le 5 mai, une commission judiciaire du Sénat déclarera qu'elle n'a trouvé aucune preuve de recours à une influence politique dans le règlement à l'amiable du procès impliquant l'ITT.