Même si W. Tolbert entend véritablement libéraliser la vie politique, il n'en devra pas moins continuer à gouverner avec l'aide du parti et de l'armée, comme le fit constamment William Tubman durant plus d'un quart de siècle. Fondé en 1860, le True Whig Party est l'incarnation même de la classe afro-américaine dont elle exprime et défend les intérêts. Quant aux forces armées, bonnes soldes et purges fréquentes ont jusqu'à présent contribué à les maintenir dans la légalité.

Libye

2 010 000. 1. 3,7 %.
Économie. PNB (68) 1 412. Production (*69) : A 142. Énerg. (*69) : 482. C.E. (68) : 74 %.
Transports. (*69) : 90 700 + 40 700. (*69) : 191 503 000 pass./km.
Information. (67) : 7 quotidiens ; tirage global : 35 000. (69) : 77 000. (69) : 34 790.
Santé. (68) : 575.
Éducation. (66). Prim. : 215 841. Sec. et techn. : 32 591. Sup. : 2 215.
Institutions. État indépendant le 24 décembre 1951. République proclamée par le coup d'État militaire du 1er septembre 1969, qui renverse la monarchie constitutionnelle du roi Idriss Ier. Président du Conseil : colonel Moammer El-Kadhafi ; succède, le 16 janvier 1970, à Mahmoud Soliman El-Maghrabi.

Kadhafi : une volonté de leadership

À en juger par le bilan de ses interventions politiques, le colonel Moammer el-Kadhafi paraît moins préoccupé par les affaires intérieures de la Libye que par la politique étrangère et par l'objectif qu'il s'est assigné, à savoir : assurer le triomphe d'un certain panarabisme fortement teinté de religiosité islamique.

Pour le chef de l'État libyen, telle est la seule voie qui devrait conduire à la libération de l'impérialisme, de tous les impérialismes, de l'Est et de l'Ouest.

Antisoviétisme

Cependant, il paraît réserver la plupart de ses coups au communisme et à l'Union soviétique, indigné par l'opinion qui se répand dans le monde arabe, à savoir que le camp socialiste et le marxisme pourraient constituer des alternatives à l'Occident et au capitalisme, qu'il récuse également. Il multiplie les déclarations selon lesquelles « le communisme est incompatible avec l'islam » et que l'URSS est responsable — tout autant sinon plus que les États-Unis — de l'enlisement du conflit israélo-arabe, qu'il voudrait régler par les armes.

Il accuse Moscou, en particulier, de ne pas fournir à l'Égypte et à la Syrie les moyens de reconquérir les territoires occupés et de « libérer la Palestine des bandes sionistes ». Pour sa part, il envoie au Proche-Orient, dès le début de décembre, des volontaires libyens pour se battre dans les rangs des organisations de fedayin.

Son hostilité à l'URSS et au marxisme se traduit par une action concrète. Le 22 juillet 1971, il fait intercepter l'avion qui transportait de Londres à Khartoum les deux principaux dirigeants du coup d'État procommuniste au Soudan et, après l'échec de l'entreprise, les livre au général Nemeiry, qui les fait exécuter.

Toujours en juillet, il encourage Malte à liquider la base britannique, tout en lui offrant une aide financière destinée à dispenser le gouvernement de Dom Mintoff de se tourner vers Moscou. Ce dernier obtient effectivement, le 17 août, un prêt de Tripoli s'élevant à douze millions de dollars, après avoir repoussé des avances du Kremlin.

Si le colonel Kadhafi tolère le traité égypto-soviétique, il se dresse vigoureusement contre toute tentative de Moscou de signer un accord analogue avec d'autres pays arabes, à savoir la Syrie et l'Irak. Le 3 mars 1972, il refuse de recevoir un émissaire de Bagdad, venu lui exposer les raisons qui militent en faveur d'une alliance ; le 13 avril, quatre jours après la signature du traité irako-soviétique, il rappelle son ambassadeur à Bagdad, en guise de protestation. Cependant, il normalise la situation en juin, après la nationalisation de l'Iraq Petroleum Company par le régime baasiste.

Le chef de l'État libyen n'exclut pas lui-même un rapprochement tactique avec l'URSS quand la situation l'exige. Ayant nationalisé, le 7 décembre, la British Petroleum, en représailles contre l'Angleterre qui avait approuvé l'occupation par l'Iran de trois îlots dans le golfe Persique, la Libye tente d'écouler la production du gisement nationalisé en URSS.