La politique d'Alger à l'égard du Moyen-Orient est faite de fermeté et de prudence. La fermeté, surtout verbale, est dans la ligne de la position prise le 22 novembre 1967, quand Alger refuse de s'associer à la résolution de l'ONU et proclame sa reconnaissance de l'existence du peuple palestinien. Mais si l'Algérie prend évidemment une position pro-arabe de pointe, sa prudence est extrême. Les relations avec la Jordanie ont été rompues, les massacres de Khartoum désapprouvés, et les rapports algéro-libyens restent ambigus, faits de solidarité révolutionnaire, de services rendus (Tripoli, au moment de la crise pétrolière, avait offert 100 millions de dollars à Alger), mais aussi de méfiance réciproque.

À l'égard de l'Europe, la volonté d'ouverture s'est manifestée surtout par la signature, en février 1972, de deux accords commerciaux (pétrole et gaz) avec l'Espagne, accords qui ont permis une nouvelle affirmation de la politique méditerranéenne. Enfin, tandis que le soutien aux nations soumises en lutte pour leur indépendance est une fois de plus réaffirmé, les relations avec les USA s'améliorent nettement.

Ces relations étaient rompues. Mais les échanges commerciaux, avec 85 millions de dollars pour les dix premiers mois de 1971, font des États-Unis le cinquième partenaire économique d'Alger qui importera de ce pays, en 1972, 60 % des céréales achetées à l'étranger. Par ailleurs, huit sociétés mixtes algéro-américaines qui s'occupent de pétrole et de gaz sont créées.

Un diplomate de haut rang a d'ailleurs été nommé, à l'ambassade de Guinée aux USA, à la tête du service qui s'occupe des affaires algériennes.

Cela explique aussi la visite de David Newson, sous-secrétaire d'État américain, à Alger, en mars 1972, où il rencontre Boumediene. Si la reprise des relations n'a pas été envisagée, D. Newson a pourtant déclaré « qu'il faisait confiance à l'Algérie en tant que fournisseur d'énergie ».

Sur le plan économique, l'année 1971-72 a vu l'Algérie prendre sa vitesse de croisière ; le règlement pétrolier et la commercialisation de sa production lui ont été largement favorables, sa politique intérieure s'est trouvée consolidée par l'arabisation et la réforme agraire, et l'ouverture vers l'extérieur s'est notablement accélérée.

Botswana

670 000. 1. 3 %.
Économie. PNB (66) 96.
Transports. (*69) : 2 300 + 2 500.
Information. (69) : 6 500. (69) : 3 536.
Santé. (69) : 27.
Éducation. (68). Prim. : 78 963. Sec. et techn. : 3 213.
Institutions. Ancien Bechuanaland. République indépendante proclamée le 30 septembre 1966. Constitution de 1965. Président de la République et chef de l'exécutif : sir Seretse Khama.

Burundi

3 620 000. 128. 2 %.
Économie. PNB (63) 46. Énerg. (*69) : 9.
Transports. (*69) : 3 200 + 1 400.
Information. (68) : 1 000 fauteuils ; fréquentation : 0,5 M. (69) : 3 415.
Santé. (69) : 60.
Éducation. (68). Prim. : 180 419. Sec. et techn. : 8 369. Sup. : 361.
Institutions. État indépendant le 1er juillet 1962. République proclamée le 28 novembre 1966. Président de la République et chef de l'exécutif : colonel Michel Micombero. La Constitution de 1962 est suspendue. Le gouvernement exerce l'ensemble de pouvoirs.

Le mois des longs couteaux

Au cours du mois de mai 1972, le pays est le théâtre d'un véritable génocide, au cours duquel plusieurs dizaines de milliers de personnes trouvent la mort. L'armée du Burundi, composée exclusivement de Tutsi, aidée par la jeunesse révolutionnaire Rwagasore, mouvement de jeunesse du parti unique, et par des milliers de civils Tutsi, procèdent au massacre systématique des élites Hutu.

Tout a commencé, semble-t-il, par la découverte d'un complot Hutu destiné à renverser le régime militaire que préside le colonel Michel Micombero. Privés de tout moyen d'expression légal, chassés de l'armée, écartés de l'administration, les Hutu, qui représentent plus de 80 % de la population et sont de race bantoue, ont déclenché une insurrection le 29 avril. Dès les premiers combats, les insurgés massacrent des Tutsi ; le roi Ntare V, chassé du pouvoir en novembre 1966 par un coup d'État militaire, mais récemment revenu au pays après avoir reçu l'assurance qu'il pourrait s'y réinstaller librement, est tué dans des circonstances restées mystérieuses.

Vassaux et suzerains

Déjà brimés sous la monarchie, traités en vassaux et même en serfs par les conquérants Tutsi, peuple d'origine hamite venu du Nord il y a quatre ou cinq siècles, les Hutu étaient depuis six ans l'objet de persécutions continuelles destinées à les rejeter dans la situation de totale dépendance qui fut la leur bien avant la conquête coloniale. Acculés au désespoir, ils ont à plusieurs reprises tenté, mais sans succès, de s'emparer du pouvoir dont on les tenait à l'écart. Armés de couteaux et de lances, ils ont, le 29 avril, attaqué les postes administratifs, puis les civils Tutsi, notamment dans les villes de Rumonge et de Gitega. Mieux organisés et disposant de moyens plus puissants, les Tutsi ont réagi avec une violence inouïe et aveugle.