Le ministre de la Défense assouplit encore, en avril 1971, certaines des règles, en vigueur jusqu'alors, pour les autorisations gouvernementales d'exportation de matériels de guerre. En 1970, la France a presque triplé le montant de ses ventes d'armes à l'étranger par rapport à l'année précédente ; avec des commandes qui sont évaluées à 7 210 millions de francs, au lieu de 2 510 millions en 1969, elle est au troisième rang des pays exportateurs, loin derrière les USA (37 milliards de francs) et l'URSS.

C'est dans le domaine aéronautique que la progression est le plus sensible. La progression spectaculaire des commandes de matériels navals (1 220 millions de francs en 1970, contre 41 millions de francs en 1969) s'explique, pour l'essentiel, par la signature à Bonn, le 22 octobre 1970, d'un contrat portant sur l'achat par la marine de guerre ouest-allemande de 20 patrouilleurs rapides lance-missiles.

De tels résultats tiennent tout autant à des circonstances de politique internationale qu'à la volonté du gouvernement français de favoriser ces exportations. Annonçant, le 9 septembre 1970, son intention de publier à la fin de 1971 un livre blanc qui définirait les orientations de la politique de défense conduite par les successeurs du général de Gaulle, Michel Debré a précisé : « On ne dit pas assez que si la France est souvent sollicitée, c'est parce qu'elle ne met pas de conditions politiques, comme le font certaines puissances, à la vente d'armes. »

Un nouveau chef suprême

Le général d'armée aérienne François Maurin, précédemment major général de l'armée de l'air, succède, le 9 juin 1971, au général Michel Fourquet comme chef d'état-major des armées. Auparavant, le général d'armée Alain de Boissieu Dean de Luigne, gendre du général de Gaulle, devient chef d'état-major de l'armée de terre, en remplacement du général Cantarel, admis à la retraite.

Assuré de rester à son poste jusqu'en mars 1974 — et peut-être jusqu'en 1975 si le gouvernement décidait de le prolonger dans ses fonctions —, le général Maurin est le responsable suprême des forces armées, et en particulier de leur emploi, commandant désigné dès le temps de paix du théâtre d'opérations Europe-métropole-Méditerranée. Ses nouvelles responsabilités seront définies lorsque Michel Debré aura, à la fin de 1971, instauré sa réforme des hauts commandements.

Le ministre de la Défense a, en effet, évoqué la perspective de créer de grands commandements interarmées réunissant les forces susceptibles, par leurs missions, de combattre ensemble ou s'appliquant à des théâtres d'opérations bien définis par des limites géographiques précises.

Dans cette hypothèse, les trois chefs d'état-major se verraient confier principalement la gestion et l'instruction. Le chef d'état-major des armées deviendrait l'interlocuteur privilégié et direct du gouvernement. La conception de l'emploi éventuel des forces françaises en cas de guerre reste du ressort du chef de l'État et les plans sont préparés par le gouvernement.

Malgré le refus du ministre de concevoir une intégration des forces armées françaises au sein de l'OTAN, parce qu'elle lui parait hypothéquer la liberté de décision du gouvernement et qu'elle serait contraire à la volonté de Paris de rester à l'écart des blocs politiques, de nombreux observateurs ont noté que l'armée française avait multiplié les occasions de coopérer avec l'Organisation atlantique.

Une escadre française, avec le porte-hélicoptères Arromanches, a participé, en février 1971, à des exercices de l'OTAN, et, avant son départ de l'armée, le général Fourquet s'est rendu à Bruxelles pour des entretiens avec le commandant suprême des forces alliées en Europe, le général américain Goodpaster.

Pour sa part, le général Fourquet a clairement rappelé aux armées françaises qu'elles étaient engagées aux frontières du nord et de l'est contre un ennemi venant de l'est et il leur a prescrit d'avoir à agir, normalement, en coordination étroite avec leurs alliés. Ces propos, venant cinq ans après le retrait français de l'OTAN, témoignent d'une lente évolution de la doctrine élaborée par le haut commandement, après la disparition du général Ailleret.