Ces changements de lieux suscitèrent une première évolution du luthéranisme. Tandis que celui-ci, au nom de la doctrine dite des deux règnes, s'efforça toujours de séparer le pouvoir de l'État de celui de l'Église, l'impossibilité où se trouva la FLM de tenir son Assemblée où bon lui semblait modifia largement la pensée luthérienne traditionnelle.

Les alliances confessionnelles

Pour des raisons historiques, le protestantisme, oublieux malgré lui de la catholicité de l'Église, demeura essentiellement local ou national. Les premiers signes de son éveil à l'universalité furent la création, au XIXe siècle, de mouvements de jeunesse mondiaux (scoutisme, étudiants...) et celle d'associations d'Églises nationales issues de la Réforme : l'Alliance réformée mondiale (ARM), 1875, rassemble les Églises issues de la réforme calviniste ; la Fédération luthérienne mondiale (FLM), 1947, rassemble les Églises issues de la réforme luthérienne. L'Alliance baptiste mondiale (ABM), le Conseil congrégationaliste international (CCI), le Conseil méthodiste mondial (CMM) et même les Communautés pentecôtistes sont issus, de plus ou moins longue date, de la Communion anglicane. Ces familles confessionnelles représentent 95 % du protestantisme, 200 à 300 millions de fidèles dans tous les pays du monde, et convoquent tous les cinq, sept ou dix ans, une Assemblée générale. La grande majorité de ces Églises sont membres du Conseil œcuménique des Églises (COE), au même titre que les Églises orthodoxes et orientales. Toutes ces familles confessionnelles protestantes ont engagé des conversations avec l'Église catholique romaine.

La société moderne

On peut dire, en effet, que cela fit d'Evian 70 une Assemblée de prise de position politique. Certains exposés sur la véritable pensée de Martin Luther à ce sujet et la majorité des documents élaborés en font foi. Presque tous concernent l'analyse de la société moderne, les changements sociaux à opérer, les droits de l'homme si souvent bafoués, le service risqué de la paix et de la justice. Et le thème central « Envoyés dans le monde », qui devait n'être au départ que spirituel et missionnaire, au sens classique de ces termes, a pris à Evian une tout autre dimension.

L'Assemblée de l'ARM et du CCI à Nairobi autour du thème « Dieu réconcilie et libère » est entrée dans cette pensée et même, fait très nouveau, le Congrès de l'ABM à Tokyo, centré sur « La réconciliation par le Christ » (l'ABM n'aborde généralement que des questions strictement spirituelles). Partout, des textes engagés ont été publiés : action des chrétiens dans — ou contre — les structures économiques et les systèmes sociaux, refus des oppressions politiques et économiques, nécessité d'une mobilisation pour la paix ou d'une politique hardie en faveur du développement des peuples.

On retrouve là, sur le plan mondial, ce qui s'est passé aux niveaux nationaux, y compris dans l'Église catholique. Témoin l'orientation de l'Assemblée plénière de l'épiscopat français ou le soixante-quatrième Synode de l'Église réformée de France, ouvert le 7 mai, à Pau. Les jeunes sont de plus en plus présents à ces concentrations. La FLM avait convoqué une Assemblée de jeunesse à Thonon quelques jours avant Evian, et l'ARM comptait un tiers de moins de trente ans parmi ses délégués. Ceux-ci, porte-parole de leur génération, se sont fait vigoureusement entendre ici ou là.

On les vit s'approprier les propos de prêtres ou de laïcs latino-américains politiquement engagés, manifester à Evian contre la lourdeur de la machine ecclésiastique et la lenteur des aînés à traduire leurs propos en actes. On les vit brûler publiquement de façon symbolique des documents ronéotés, et même imiter les hippies en disant : « Il faut faire l'amour et pas la théologie », ou, comme ils le traduisirent : « Il faut pratiquer l'amour du Christ en actes et ne plus s'en tenir à la seule théologie du XVIe siècle. » On a retrouvé cette même atmosphère de zèle et de don chez les 6 500 jeunes réunis à Taizé le jour de Pâques 1971 pour amorcer la seconde étape du Concile des jeunes, annoncée à Pâques 1970. Cependant, cette insertion générale du protestantisme dans la politique — au sens plénier et non pas partisan du terme — n'est pas la seule caractéristique manifestée par ces Assemblées.

L'acte d'union entre l'ARM et le CCI

Nous, venus des quatre coins de la terre au nom d'Églises réformées, presbytériennes et congrégationalistes, prenant la Parole de Dieu donnée dans la Bible comme autorité suprême, nous allons pour rechercher en toutes choses l'Esprit du Christ pour témoigner ensemble son Evangile, pour entrer dans son plan dans le monde entier, pour former aujourd'hui la nouvelle Alliance réformée mondiale, afin de mieux vivre les tâches qui nous attendent.

L'unité dons la diversité

Il faut tout d'abord signaler que les structures protestantes ont de plus en plus tendance à se laïciser. La FLM a préféré pour nouveau président un jeune professeur finlandais, Mikko Einar Juva, à un évêque norvégien, et l'ARM comme l'ABM ont fait entrer davantage de jeunes laïcs et de femmes dans leurs cadres. Mais la seconde évolution sensible cette année à travers ces Assemblées aura été celle de la notion d'unité.