On voit que la Terre est loin d'être figée dans une configuration immuable. Les océans actuels n'ont guère plus de 150 millions d'années, alors que notre planète existe depuis quelque 4 milliards d'années. On trouve sur le continent (mais non dans les océans, qui sont trop jeunes) des traces des systèmes anciens de plaques : les montagnes d'Ecosse et les plissements appalachiens, soudés avant l'ouverture de l'Atlantique, sont très probablement la cicatrice d'une très ancienne collision de deux masses continentales qui s'est produite par suite de la disparition d'un océan de l'ère primaire.

Cette quête de la genèse de la Terre ne présente pas seulement un intérêt théorique. La présence du sel (et celle du pétrole) parait liée à des affaissements marquant le début de l'ouverture d'un océan. De plus, les phénomènes géochimiques liés aux montées de l'asthénosphère pourraient contribuer, au contact des sédiments, à la formation des gîtes minéraux, comme on pense en avoir trouvé la preuve dans les eaux ultra-salées et très chaudes occupant plusieurs fosses de la mer Rouge, que les spécialistes considèrent comme un océan naissant, par suite de la dérive de l'Arabie vers l'Asie.

L'exploitation des richesses des océans

L'exploitation des océans : thème central du colloque et de l'exposition Océanexpo 71 qui se sont tenus simultanément à Bordeaux du 9 au 14 mars 1971. Si l'on examine avec réalisme les possibilités actuelles, il ne semble pas que d'abondantes ressources puissent être tirées de l'océan ni aujourd'hui ni dans un proche avenir. Une exception toutefois, et de taille : le pétrole, dont 20 % de la production mondiale sont déjà extraits de champs off-shore. Une part très importante du matériel exposé à Bordeaux était d'ailleurs destinée à l'exploitation des gisements de pétrole sous-marins.

L'expérience qu'a tentée (et manquée) le groupe pétrolier Elf-Erap, en juillet 1970, au large de Biscarrosse, avait pour but de faciliter la mise en exploitation des champs pétroliers off-shore. Il s'agissait d'immerger, par 100 m de fond, un réservoir de béton précontraint où du pétrole serait provisoirement stocké, en attendant qu'un pétrolier vienne le pomper.

L'utilité de tels réservoirs n'est pas contestable, notamment pour les gisements profonds ou situés dans des mers difficiles, et pour les champs éloignés de la terre ferme ou des zones d'utilisation des hydrocarbures. Le réservoir d'Elf-Erap était un modèle réduit (capacité de 8 000 m3, alors que, pour être rentables, ces réservoirs devraient avoir une capacité d'au moins 40 000 m3).

Naufrage d'un réservoir

Construit à Bayonne, le réservoir est remorqué jusqu'à Biscarrosse. Là, il devait être immergé lentement, de façon à ne pas s'écraser sous l'effet de la pression ou du choc avec le fond de la mer. La pression interne devait être progressivement augmentée par introduction de 4 000 m3 d'eau et par insufflation d'air comprimé. Six chapelets de flotteurs disposés en étoile devaient soutenir le réservoir tout au long de sa lente descente.

Mais au moment de l'immersion, le réservoir prend de la gîte, probablement par suite de la rupture de petites portes de tôle placées dans le bas des cloisons de béton qui divisaient l'intérieur en une série de compartiments. La mer ayant grossi, les chaînes de deux des six chapelets de flotteurs sont enlevées, arrachant elles-mêmes plusieurs des vannes qui commandaient l'arrivée de l'eau dans les compartiments du réservoir. Le flexible qui amenait l'air comprimé se tord. Dès lors, le réservoir alourdi s'enfonce rapidement, et la pression interne ne parvenant pas à équilibrer la pression externe, il est détruit par implosion.

Un réservoir sous-marin en acier est actuellement utilisé depuis 1969 dans le golfe Persique sur les gisements off-shore de Dubai (Côte des Pirates). D'une capacité de 80 000 m3, il a la forme d'un gigantesque entonnoir (75 m de diamètre, 60 m de haut) posé à l'envers par 45 m de fond, et dont le tuyau émerge donc de 15 m au-dessus de la surface de la mer.