Entre octobre 1970 et février 1971, il rencontre à différentes reprises les dirigeants des centrales syndicales pour la mise au point des grandes réformes, non sans préciser nettement la limite où cesse cette participation syndicale, celle où elle outrepasserait les compétences du Parlement. Dans les six premiers mois de 1971, les vicissitudes du décret-loi économique terminées, E. Colombo lance son programme d'action devant les Chambres. À la fin de juin 1971, le Sénat avait voté la réforme universitaire ; un projet de réforme de l'enseignement secondaire était prêt à être présenté à la rentrée parlementaire d'octobre ; la Chambre avait approuvé la réforme du logement. La réforme de la santé publique, mise au point, n'était pas encore déposée au Parlement. Une commission de réforme de la dépense publique devait présenter son rapport final. La réforme fiscale, ratifiée en avril par la Chambre, était discutée au Sénat. La réforme de la caisse du Midi y restait bloquée en commission. La réforme du commerce était discutée au Sénat. La réforme de l'administration publique entrait en vigueur. La loi sur les baux ruraux avait été votée.

Dans la plupart des cas, il s'agit de projets anciens pendants depuis plusieurs années, et dont l'adoption plus rapide aurait coupé court à bien des motifs de tension. Avant de définir une politique personnelle, E. Colombo s'est vu contraint de combler les retards et de liquider un héritage négatif.

Concordat

Dans cet héritage figure le règlement des débats sur l'introduction du divorce dans la législation. Jusqu'au dernier moment, la démocratie chrétienne s'était battue au Sénat pour l'empêcher. La loi passe de justesse, par 164 voix contre 150, le 1er décembre, avec quelques amendements de dernière heure.

Le climat n'est pas celui de la guerre de religion, si souvent annoncé par les extrémistes des deux bords. L'épiscopat italien demeure, dans l'ensemble, très mesuré dans ses réactions ; le Saint-Siège conserve une attitude de neutralité prononcée, cependant que, de part et d'autre du Tibre, on se prépare à remettre en marche le processus de révision du Concordat de 1929, demandé en octobre 1967 par la Chambre des députés. Le 8 avril 1971, celle-ci vote une motion incitant le gouvernement à ouvrir formellement des négociations pour la révision.

Révision ou abrogation pure et simple ? Les points de vue se sont déplacés : au moment où l'opération prend corps et où le Vatican s'y montre disposé, ceux qui en ont fait une revendication avancée militent désormais pour l'abrogation, conforme d'ailleurs à l'évolution de la pratique du Saint-Siège. Les militants de la ligue pour le divorce constituent une nouvelle ligue pour l'abrogation du Concordat. Isolés, sans grande prise sur l'opinion, ils n'en constituent pas moins un groupe de pression bruyant. À la fin de juin 1971, les conversations entre le Saint-Siège et le gouvernement n'étaient toujours pas ouvertes, mais les deux partenaires semblaient disposés à une révision profonde, dont le point le plus difficile serait la question de l'enseignement religieux dans les établissements d'État.

Un élément risque toutefois de tendre le climat : le dépôt d'une demande de référendum abrogatif de la loi sur le divorce, souscrite par plus de 1 300 000 signatures (près de trois fois plus que le minimum requis). Après vérification de la légalité des signatures par la Cour de cassation, le référendum devrait être fixé au printemps 1972. Tout laissait prévoir en juin 1971, que les partis de gauche, y compris le parti communiste, malgré ses résistances initiales, contre-attaqueraient par une campagne pour l'abrogation du Concordat.

Divisions internes

La stabilité maintenue par le gouvernement Colombo sur le plan parlementaire, sans difficultés majeures, s'accompagne depuis l'automne 1970 d'une remise en cause de l'équilibre interne de la coalition par chacun des partis qui la composent. Le Comité central du parti socialiste (du 11 au 13 novembre 1970) approuve la notion dite des « équilibres plus avancés », soutenue par le secrétaire général, Mancini. Plus avancés, c'est-à-dire ouverts sur la gauche et jugeant souhaitable la coopération active du parti communiste à l'élaboration des réformes, ou même son soutien extérieur à un gouvernement démocrate-chrétien-socialiste. Il s'agit de dépasser le centre gauche, ce à quoi P. Nenni, intervenant pour la dernière fois dans la vie active de son parti, est seul à s'opposer.