Cette pression oblige le gouvernement à supprimer cette caution, qui devait lui apporter 10 milliards en caisse, et à la remplacer par un système de versements à terme échu. Bien entendu, dans certains secteurs de consommation, les prix se sont rapidement élevés au-delà de la marge d'effet mécanique de la nouvelle taxe. Le gouvernement, qui craint les répercussions d'une brusque montée des prix sur l'ensemble de la situation économique, suspend l'examen d'innombrables demandes d'augmentation de prix introduites auprès de la Commission des prix, laquelle, on le sait, donne un avis au ministre des Affaires économiques.

A. Cools, vice-Premier ministre et ministre des Affaires économiques, souhaite être mieux armé pour combattre les hausses injustifiées. Il dépose un projet de loi qui tend à lui reconnaître le droit de fixer les prix, non seulement par secteur ou par produit, mais également au niveau des services et des prestations individuelles. Bien entendu, les demandes introduites par les entreprises seraient toujours préalablement examinées par la Commission des prix, et la sanction ultime en cas de non-observance des décisions ministérielles, à savoir la fermeture temporaire de l'entreprise, ne serait exécutoire qu'après un recours introduit devant le président du Tribunal de commerce.

Le dépôt de ce projet constitue manifestement un coup de semonce à l'adresse des industriels et commerçants qui seraient tentés d'abuser de la situation.

De plus, le gouvernement se trouve confronté à une série de problèmes d'ordre social et tente de mener à bien une œuvre entreprise par les deux ministres de l'Éducation nationale, Abel Dubois (francophone) et Piet Vermeylen (néerlandophone) : l'organisation de l'enseignement secondaire. Il se composera de trois degrés de deux ans. Au terme du deuxième et du troisième degré, un enseignement de perfectionnement et de spécialisation peut être créé. Au terme du troisième degré, une année préparatoire à l'enseignement supérieur peut également être organisée.

Dans l'esprit de ses promoteurs, l'enseignement rénové doit assurer aux adolescents des possibilités de passer, le cas échéant, sans difficultés et en tout cas sans entraves administratives, d'un secteur d'enseignement (par exemple technique) à un autre (par exemple les humanités). Au sein d'une même section, les programmes sont assouplis au point de permettre aux élèves, en fonction de leurs goûts et de leurs aptitudes, le choix des cours qu'ils désirent suivre. C'est en quelque sorte l'organisation de l'enseignement à la carte. Cette réforme, qui a ses défenseurs acharnés et convaincus, a suscité des oppositions dans le monde enseignant. Certains la considèrent comme prématurée, d'autres récusent jusqu'à son principe même.

Revendications

Deux grèves successives à quelques mois de distance, dans le secteur de l'enseignement, ont cependant d'autres motifs et principalement une volonté de voir revaloriser la fonction du maître et de voir accorder à ce dernier une rémunération en rapport avec les responsabilités qu'il assume. La revendication des enseignants se situe dans un mouvement d'exigences de tout le personnel de la fonction publique. Le gouvernement discute avec les représentants syndicaux des fonctionnaires une nouvelle classification des fonctions et une nouvelle structure des barèmes.

En même temps, dans le secteur privé se négocie un accord interprofessionnel. Il prévoit une augmentation de 5 % des pensions au 1er janvier 1972 (s'ajoutant à une augmentation de 5 % déjà prévue pour le 1er juillet 1971), la généralisation de la semaine de travail de 40 heures et l'introduction d'une quatrième semaine de vacances d'ici à 1975.

Une première étape serait franchie en 1972 par l'instauration de la semaine de 42 heures et l'addition de deux jours de congé annuels. Le principe est admis d'une intervention pécuniaire de l'employeur dans les frais de transport des travailleurs ; les modalités de cette intervention feraient l'objet de conventions sectorielles. Les heures consacrées à la formation syndicale pourraient être comptées comme heures de travail effectif (système de crédits d'heures).