Pékin, cependant, semble continuer à faire la sourde oreille après avoir, en mai 1970, brusquement annulé, au dernier moment, la prochaine rencontre de Varsovie. Réaction à la pénétration des troupes américaines au Cambodge annoncée quelques jours plus tôt par le président Nixon.

D'où l'effet de surprise, dans le monde entier, lorsque, au Japon, en mars 1971, à l'issue des championnats du monde de tennis de table, l'équipe chinoise invite l'équipe américaine à venir jouer en Chine, accompagnée de quelques journalistes. Les invités sont reçus par le Premier ministre lui-même, Chou En-lai, qui affirme, plus séducteur que jamais : « Une nouvelle page vient d'être tournée dans l'histoire des relations sino-américaines. » Aussitôt, grimace des Soviétiques, dont la presse cherche à minimiser la portée de cet événement historique, mais personne ne s'y trompe. Notamment Mme Tchang Kaï-chek, qui annule sa très prochaine visite aux États-Unis, bien avant que le président Nixon ne lève, en juin, l'embargo qui, depuis vingt et un ans, paralysait les échanges commerciaux sino-américains.

Diplomatie

L'intelligent Chou En-lai n'a risqué ce gros coup de poker que parce qu'il avait déjà réussi, pour une bonne part, à réaliser le plan qu'il s'était tracé : après l'éclipse obligatoire des années de Révolution culturelle, la Chine communiste a fait une rentrée éclatante sur la scène diplomatique internationale. L'opération Ping-Pong n'est qu'un important jalon d'une entreprise à l'échelle du monde. D'abord à Hanoi, où Chou En-lai est allé lui-même confirmer qu'en pénétrant au Cambodge les Américains ont permis à la Chine, au détriment de l'URSS, de devenir le protecteur des peuples asiatiques en état de guerre révolutionnaire. Exemple le plus évident, celui du prince Norodom Sihanouk, logé et nourri par Pékin avec le gouvernement khmer. Ainsi consolidée et délivrée des perturbations internes, la diplomatie chinoise pousse son avantage. Depuis la Révolution culturelle, une seule de ses quarante-trois ambassades, celle du Caire, avait gardé son titulaire. En quelques mois, presque partout sont réintégrés, nommés, échangés des ambassadeurs. Notamment avec Moscou. Avec Cuba, les relations sont renouées. Londres peut nommer un chargé d'affaires en titre.

Parallèlement sont signés des accords commerciaux avec l'Allemagne de l'Est, la Hongrie, le Pérou, l'URSS, qui doit tripler les échanges en un an, des contrats d'achats avec la Suède, l'Allemagne de l'Ouest, la Yougoslavie, des accords de coopération, d'aide, de prêts avec la Roumanie, la Mauritanie (financement d'un port), le Mali, le Soudan, la République démocratique et populaire du Yémen, le Pakistan, la Tanzanie, qui sera reliée à la Zambie par une voie ferrée construite grâce à 200 camions chinois achetés en Suède. Pékin s'offre même le luxe de proposer un secours à la Malaisie inondée, bien qu'elle pourchasse les maoïstes et accueille le consul de Formose.

Objectif : l'ONU

Par tous les moyens, la Chine cherche à sortir de son isolement et à mieux imposer son image de grande puissance. Elle tente de faire admettre sa monnaie, le yuan, comme devise internationale. Elle fait exploser en octobre une quatrième bombe H (de 3 Mt) et met sur orbite, en mars, un deuxième satellite.

Après avoir remplacé son ministre des Affaires étrangères, le maréchal Chen Yi, par son adjoint Tchi Peng-fei, le Premier ministre Chou En-lai peut envisager le grand voyage qu'on laisse prévoir depuis longtemps. Une étape sera peut-être Paris, après que Pékin ait multiplié les égards pour deux visiteurs français : le ministre André Bettencourt et l'ancien Premier ministre Maurice Couve de Murville. Cependant Chou En-lai passera surtout par le monde arabe et l'Afrique, où il cherche à consolider ses positions en y faisant oublier quelques erreurs passées.

Cette intense activité diplomatique trouve un écho dans un nombre croissant de capitales étrangères ; la Chine s'intègre progressivement dans la société internationale ; la liste des pays qui, depuis 1949, ont établi des relations diplomatiques avec Pékin ne cesse de s'allonger. Par la simple arithmétique, la Chine espère forcer les portes de l'ONU.