Dans le même temps, la poursuite de l'expansion à un rythme élevé devait assurer de très fortes rentrées fiscales.

De sorte que, d'un budget à l'autre, le taux de progression des recettes de l'État (+ 11,1 %) est presque le double de celui des dépenses. L'impôt direct représente très exactement 33 % du total des recettes fiscales.

Modération fiscale

La croissance de l'économie a toutefois dégagé des ressources d'une telle ampleur que le ministre des Finances a pu inaugurer une politique de modération fiscale. Certes, un impôt nouveau a été créé en septembre 1969 (taxe sur les dépôts bancaires) et les majorations d'impôt sur les hauts revenus décidées après mai 1968 ont été reconduites (réduites de moitié). Mais, dans l'ensemble, la pression fiscale a été relâchée, surtout sur les bas revenus. Les tranches de barème ont été élargies de 6 % (de 8 % pour la première tranche). Les allégements pour les cotisations inférieures à 5 000 francs ont été maintenus. Les limites d'exonération et de décote ont été relevées de 10 % pour les contribuables âgés de moins de soixante-dix ans et de 20 % pour les plus de soixante-dix ans ; en conséquence, le niveau du revenu minimum imposable a été sensiblement majoré : un salarié marié et père de deux enfants gagnant moins de 1 261 francs par mois se trouve dorénavant exonéré.

Pour l'impôt indirect, le gouvernement a simplifié la TVA (qui ne comporte plus que quatre taux, arrondis à 7,5 %, 17,6 %, 23 % et 33 %). Il a, en même temps, abaissé les deux taux les moins élevés frappant les produits de grande consommation (alimentaires en particulier) et procédé à quelques allégements spécifiques (pour les livres notamment). La loi de finances comporte enfin d'autres mesures en faveur des catégories les plus défavorisées : relèvement de 200 F au 1er janvier, puis de 100 F au 1er octobre de l'allocation de base aux personnes âgées, revalorisation de 6 % des rentes viagères, aide aux handicapés, etc.

Excédent symbolique

Malgré ce souci redistributif, les perspectives de rentrées fiscales, s'ajoutant à la compression des dépenses publiques, ont permis à V. Giscard d'Estaing de présenter la loi de finances avec un excédent symbolique des recettes sur les dépenses de l'État de 95 millions de francs, réduit ensuite par le Parlement à 5 millions. Depuis 1958, trois budgets seulement comportaient des excédents prévisionnels, tout aussi symboliques (1965, 1966 et 1967). Mais aucun d'eux n'a été exécuté en excédent (si l'on exclut les opérations avec le FMI) ; même en 1965, une impasse de 253 millions a finalement été enregistrée.

L'équilibre — relatif — des finances publiques en 1970 n'en aura pas moins apporté une contribution importante au redressement économique et financier. Pratiquement, l'État finance ses prêts avec des ressources courantes (grâce à l'imposant excédent des opérations définitives). En comprimant la masse des dépenses à un cinquième du produit national brut, avec une progression presque moitié moindre de celle des recettes ou de la production nationale elle-même, le ministre des Finances a pu ralentir sensiblement la conjoncture.

Au-delà de cette action stabilisatrice à court terme, le budget 1970 laisse apparaître les motivations suivantes :
– la détermination de limiter le prélèvement de l'État sur l'économie, afin de laisser au secteur productif les moyens de se développer et, bien entendu, pour d'évidentes raisons politiques ;
– la volonté réaffirmée de désengager l'État : celui-ci a encore réduit la contribution du Trésor au financement des investissements des entreprises nationales (ce qui a entraîné une diminution de leurs investissements et une pression à la hausse des tarifs) et a entrepris de restituer au secteur privé un certain nombre de tâches (autoroutes, téléphone) ;
– le désir d'adapter l'outil budgétaire aux nécessités de l'évolution conjoncturelle : 7,4 milliards de francs au total ont été mis en réserve auprès du FAC, masse de manœuvre dont le gouvernement a pu disposer pour relancer les affaires, quand il a jugé le chômage menaçant ;
– le souci d'épargner aux catégories sociales défavorisées les désagréments de l'austérité, qui traduit l'aspiration de la nouvelle société. Mais elle ne saurait non plus se désintéresser de la pauvreté de notre équipement collectif, aggravée en 1970. Or, la reconduction de l'équilibre budgétaire en 1971 ne promet guère d'améliorations dans ce domaine.

Bourse

Le retour à l'équilibre

Juin 1968 : la France vient de sortir de l'une des plus graves crises ressenties depuis la Seconde Guerre mondiale, crise qui a vu l'exceptionnelle fermeture de la Bourse pendant plus de deux semaines ; juin 1969 : une page est tournée avec l'avènement d'une nouvelle présidence et le retour au ministère de l'Économie et des Finances de Valéry Giscard d'Estaing, dont le nom est alors étroitement lié au souvenir du plan de stabilisation et à la baisse boursière des années 1962 et suivantes ; troisième volet de ce triptyque, juin 1970 permet de dresser le premier bilan d'une nouvelle gestion : le succès du plan de redressement laisse envisager le retour à des conditions normales d'activité et le franc est de nouveau ferme sur les places financières internationales.

De l'attente...

Le second semestre de 1969 commence, en effet, dans l'expectative. Le nouveau gouvernement a, certes, confirmé son intention de faire porter son effort sur les problèmes économiques et financiers, tout en excluant l'hypothèse d'une dévaluation du franc. Parallèlement, la Banque de France demande une application plus stricte du contrôle des changes et des mesures d'encadrement du crédit, mesures touchant l'équipement aussi bien que la consommation. Conjugué à la tension persistante des taux de l'argent, qui atteignent jusqu'à 10 % sur le marché monétaire, et à la faiblesse de la Bourse de New York, où l'indice Dow Jones des valeurs industrielles revient au niveau 800, cet encadrement pèse sur les cours des valeurs françaises, dont l'indice perd 13 % sur le niveau atteint le 2 juin après le premier tour des élections.

... à la dévaluation

C'est dans ces conditions qu'intervient le vendredi 8 août la dévaluation du franc — dont la valeur est réduite de 0,180 à 0,160 gramme d'or fin —, qui ampute la valeur de notre monnaie de 11,11 % et rend les devises étrangères plus chères de 12,50 %. Voulue suffisante pour être efficace sans mettre en danger pour autant les autres monnaies, cette initiative est accueillie très favorablement par la Bourse, qui accuse le lundi suivant une hausse d'une exceptionnelle ampleur sur nombre de grandes valeurs directrices, notamment les affaires fortement exportatrices ou largement implantées à l'étranger, comme l'Air liquide.