En revanche, trois séries de phénomènes ont, en 1969, retenu l'attention.

Faibles investissements

Dans ce secteur comme dans beaucoup d'autres, les besoins en investissements sont de plus en plus importants, de plus en plus difficiles à satisfaire.

C'est le cas pour les compagnies aériennes, qui sont ou vont être obligées d'acquérir à grands frais des appareils plus vastes (les premiers avions géants Boeing 747 commencent à entrer dans la flotte d'Air France) ou plus rapides (Concorde sera mis en service en 1973 ou 1974). Parallèlement, les responsables des aéroports doivent remodeler leurs installations : des nouvelles gares ont été construites à Orly pour accueillir les Boeing 747, tandis que se poursuit l'édification au nord de Paris du nouvel aéroport de Roissy.

C'est le cas pour les bateliers, qui s'inquiètent des retards dans la modernisation des voies d'eau et dans l'aménagement de l'axe mer du Nord-Méditerranée. C'est le cas surtout pour les automobilistes et les chauffeurs de poids lourds, inquiets de la dégradation du réseau routier.

D'une façon générale, au moment où se précisent les orientations du VIe plan, force est de constater que les prévisions d'investissements — parfois sous-estimées — inscrites dans le Ve plan n'ont été réalisées qu'en partie.

Structures inadaptées

Il est normal que des secteurs en forte progression réclament des investissements accrus. Il est normal également que la modernisation des techniques d'exploitation entraîne des mutations profondes dans la structure des entreprises. Un des objectifs de la réforme de la SNCF est de moderniser les méthodes de gestion de la société nationale, dont les rouages ont été mis en place avant la guerre. Les routiers, s'ils continuent à bénéficier à plein des avantages d'une technique de transport particulièrement souple, risquent d'être fortement pénalisés par le caractère artisanal de leurs exploitations. Il existe actuellement plus de 30 000 entreprises de transport routier, employant au total moins de 60 000 salariés.

Mutations techniques

L'expérience montre que des innovations techniques, lorsqu'elles apportent à la fois une vitesse accrue et des prestations meilleures, peuvent remettre en cause des tendances que l'on croyait définitivement acquises. Lorsque la SNCF a augmenté la vitesse du Capitole entre Paris et Toulouse, elle a vu son trafic s'accroître de 42 % en un an. Le train ne peut-il, au prix de certaines améliorations, concurrencer efficacement l'automobile ou même l'avion ? Les responsables des chemins de fer le pensent, et dans cette intention étudient la mise en service des turbotrains pouvant circuler à des vitesses supérieures à 300 km/h sur quelques grands axes : Paris-Lyon, par exemple.

Ces trois phénomènes ne sont pas nouveaux, mais ils ont pris ces derniers mois un relief plus accusé. Ils influencent les réflexions des responsables chargés de définir une nouvelle politique des transports en fonction des exigences de la situation présente et des objectifs du VIe plan.

Le but essentiel reste d'obtenir une meilleure concurrence entre les différents moyens de transport et pour cela de les mettre sur un pied d'égalité. Tel est, en particulier, le sens de la réforme de la SNCF, dont les articulations ont été précisées au cours d'un long débat à l'Assemblée nationale. La Société nationale doit d'ici quatre à cinq ans retrouver un équilibre financier, alors qu'elle est en déficit depuis 1961. Pour cela, il est prévu de fournir à la SNCF les moyens d'une gestion plus libre, de déterminer plus scrupuleusement les domaines d'action respectifs des pouvoirs publics et des dirigeants de l'entreprise, de compenser plus exactement les charges que supportent les chemins de fer et qui les placent en position d'infériorité par rapport à leurs concurrents. La pièce maîtresse de cette réforme est la révision de la convention qui lie l'État à la SNCF depuis 1937.

Parallèlement, un plan de réforme de la batellerie est mis en œuvre et des mesures sont étudiées qui aboutiraient à faire supporter aux routiers une part plus importante des frais de construction et d'entretien des chaussées.