Enfin, la baisse des prix imposée par le ministère pour les HLM et le plafonnement maintenu pour de nombreux marchés privés et publics suscitent de vives réactions de la Fédération nationale du bâtiment, dont le président, Henri Faure, déclare au mois de mai 1970 : « En deux ans, les salaires ont augmenté dans l'ensemble de 24 %, et les matériaux, en moyenne, d'un pourcentage presque égal. Si les ciments n'ont pas dépassé 5 à 10 % de hausse, les prix réels ont accusé des hausses de 20 à 60 % sur les aciers, de 25 à 55 % sur les métaux non ferreux et de 20 à 50 % sur les bois ».

La maison individuelle

Sept groupes de constructeurs, choisis parmi 47 candidats, ont été retenus par le jury du concours de maisons individuelles lancé par Albin Chalandon, ministre de l'Équipement et du Logement (Journal de l'année 1968-69). En trois ans, ils mettront en chantier dans 40 départements 67 000 maisons, dont 18 000 dans la Région parisienne. Elles seront groupées au sein de 200 villages ; le plus grand comprendra 1 200 pavillons et le plus petit 150. Les prix, terrain compris, iront de 48 990 F (prix le plus bas pour une maison de 3 pièces en province) à 98 400 F (prix le plus élevé pour une maison de 5 pièces en Région parisienne).

Faillites nombreuses

À ces éléments conjoncturels s'ajoutent les problèmes posés par l'évolution d'une profession encore artisanale sous bien des aspects. Dans l'euphorie de la ruée sur la pierre qui suivit les événements de mai-juin 1968, les entreprises du bâtiment se sont lancées à corps perdu dans de nombreuses opérations. Après un nouvel, mais bref accès de fièvre au lendemain de la dévaluation, le marché immobilier a été freiné par le plan de stabilisation. Les entreprises du bâtiment se retrouvent alors avec des chiffres d'affaires importants, mais des bénéfices limités. La nécessité de faire face à un endettement souvent considérable, alors que les rentrées espérées ne suivent pas et que les banques ferment leurs guichets, en a acculé beaucoup à la faillite.

Un peu d'oxygène

La décision du ministre des Finances de débloquer 32 600 primes à la construction pour le premier semestre de 1970 ne constitue qu'un mince ballon d'oxygène. L'objectif retenu par la commission de l'habitation du VIe plan — 540 000 logements en 1975 —, pourtant « modeste par rapport à l'ampleur des besoins », prend surtout l'allure d'un vœu pieux. Un quart de siècle après la fin de la guerre, la France cherche encore une politique du logement.

Chimie

Conjoncture brillante et structures en mutation

Sur la brillante lancée de 1969, l'industrie chimique française a continué au premier semestre 1970 une progression dont n'apparaissait alors aucun signe d'essoufflement.

Sans doute, la croissance entre 1969 et 1970 n'atteindra pas les 20 % réalisés entre 1968 et 1969 (qui s'expliquent en partie par les arrêts de production des mois de mai et juin 1968). Elle ne sera pas très éloignée de la moyenne de 13 % des dix dernières années, qui représente une croissance deux fois plus rapide que celle de toute l'industrie.

À la vivacité de la demande du marché intérieur et international s'est ajouté l'effet des remaniements monétaires de l'été et de l'automne 1969. La pression à l'importation s'est atténuée, cependant que les possibilités à l'exportation se sont améliorées. Du coup, un léger redressement de la balance commerciale a été enregistré en 1969, où le déficit avec les pays étrangers est resté identique pour un volume d'échanges augmenté d'un quart. L'amélioration sera plus manifeste en 1970.

Distorsion entre secteurs

Les résultats spécialement brillants de la conjoncture ne corrigent pas tout à fait les traditionnelles faiblesses structurelles, en particulier la distorsion entre une chimie minérale encore trop dimensionnée, une chimie organique dont la croissance est restée longtemps insuffisante et une parachimie (ou chimie fine) qui est loin de connaître une expansion impétueuse.

Sans doute la chimie organique s'accroît-elle plus que la minérale : depuis 1959, sa production s'est multipliée par 5, contre 2,5 pour la chimie minérale et 2 seulement pour la parachimie. Elle représente maintenant la moitié de toute l'industrie chimique, au lieu du tiers ; la chimie minérale n'en fait plus que le sixième, au lieu du quart ; mais la chimie fine n'intervient plus que pour le tiers au lieu des deux cinquièmes.