Les parents ont été invités à participer au scrutin au mois de novembre ; dans l'ensemble, la même proportion que l'année précédente (50 %) a voté. Mais, très souvent, ce sont les candidats qui ont fait défaut. Le fonctionnement des conseils, leur relative lourdeur, et peut-être parfois leur impuissance à régler certains problèmes qui leur échappent ou ne sauraient être de leur compétence, ont découragé. Enseignants et élèves ont eu la même attitude.

Un pas en arrière

Par un décret de septembre 1969, le ministre de l'Éducation nationale autorise les conseils d'administration a décider si les conseils de classe se dérouleraient intégralement en présence de représentants de délégués des parents et des élèves. Antérieurement, les dispositions officielles prévoyaient que la partie de ces conseils concernant l'examen des cas individuels serait réservée aux professeurs. La mesure décidée par le ministre allait dans le sens d'un développement de la participation souhaité par les parents d'élèves. Mais devant l'opposition d'un courant conservateur du côté de certains syndicats d'enseignants (d'ailleurs minoritaires), Olivier Guichard décide, en avril, d'intervenir auprès des conseils d'administration qui ont adopté les mesures nouvelles pour leur demander de réexaminer ce problème. Ce pas en arrière est sévèrement critiqué par les fédérations de parents d'élèves.

En marge de l'agitation lycéenne, six enseignants sont suspendus au cours de l'année scolaire. On leur reprochait d'avoir, en raison de leurs opinions gauchistes, exercé une influence néfaste sur les élèves. Ces mesures ont suscité de vigoureuses protestations de la part de certains syndicats d'enseignants.

L'affaire des langues vivantes

Par une circulaire apparemment anodine publiée le 17 novembre 1969, le ministre de l'Éducation nationale donne le coup d'envoi à l'affaire des langues vivantes. Au détour d'une phrase, il annonce qu'à partir de la rentrée scolaire d'octobre 1970 l'étude d'une deuxième langue ne sera plus obligatoire pour tous les élèves entrant en classe de quatrième dans les lycées.

Passée d'abord totalement inaperçue, cette décision suscite très rapidement un véritable tollé qui a secoué pendant près de quatre mois beaucoup de lycées et la plupart des facultés des lettres. Pourquoi cette colère qui s'empare aussi bien des doyens que de leurs étudiants ?

La querelle repose sur un malentendu. En n'obligeant plus tous les élèves de quatrième à l'étude d'une deuxième langue vivante, les responsables de l'Éducation nationale ont voulu permettre à ceux qui en sentiraient la nécessité de concentrer leurs efforts sur l'étude de la première langue, dont il faut bien reconnaître qu'elle n'est guère assimilée par la plupart des lycéens après deux années d'études.

Il a donc été décidé de créer une option, dans les classes de quatrième, où l'étude de la première langue bénéficierait d'un horaire renforcé : cinq heures par semaine, au lieu de trois. Cet horaire renforcé est réservé aux élèves qui renonceront (provisoirement) à l'étude d'une deuxième langue. Mais la plupart des syndicats de professeurs et les organisations d'étudiants considèrent que cette décision risque de mettre en danger, à plus ou moins longue échéance, l'étude des langues étrangères en France. Ils annoncent que de nombreux postes d'enseignants risquent d'être supprimés. Des chiffres sont même avancés : on parle d'une diminution possible de 10 % du nombre de professeurs (17 000) qui enseignent actuellement les langues dans les établissements secondaires.

La position de ces enseignants s'explique en partant du principe qu'un enseignement facultatif est négligé par la plus grande partie des élèves et il est à craindre que certaines langues traditionnellement étudiées comme seconde langue ne le soient plus guère. Ce serait le cas pour le russe, l'italien ou l'espagnol. Partant de ces perspectives alarmantes, beaucoup d'étudiants en langues de l'enseignement supérieur craignent que le débouché principal que leur offrent actuellement leurs études, c'est-à-dire les carrières de l'enseignement, ne soit tari.